mercredi 3 février 2016

Quand notre chien doit se mesurer à Lassie

Lorsqu'on prend une décision qui va modifier notre quotidien, nous avons toujours une idée précise de la façon dont cela va se passer. On construit dans notre tête ce nouveau rythme, ce que va nous apporter ce changement et, la plupart du temps, combien on va en être heureux (oui parce qu'à moins d'être masochiste, vous essayez d'avoir une vie qui vous rend heureux). L'adoption d'un chien ne déroge pas à la règle. Nous fantasmons tous la future relation que nous aurons avec notre nouveau compagnon. 
Mais, dans ce cas comme dans tous les autres, il y a toujours un écart entre le rêve et la réalité. Et parfois cet écart est vraiment énorme. Et on est déçu. Ce n'est pas ce qu'on voulait. 
Et il convient de se poser 3 questions:

1/ Est ce que ce que l'on désire est réalisable?

Si vous laissez votre chien seul 20h/jour, que vous ne le sortez que 20min par jour et que vous voulez que le reste du temps il soit bien sage, le problème ce n'est pas le chien, c'est vous. Bon je caricature, mais ce que je veux dire par là, c'est que parfois, les gens sont déçus que leur chien soit un chien. Ce pauvre animal n'a aucun autre tort que d'être de la mauvaise espèce. Même si chaque individu est différent, un chien est un chien, et avant d'en adopter un et de lui faire le reproche de ne pas correspondre à vos attentes, assurez vous de savoir réellement ce qu'est un chien.

Buddy a rendu fou ses maîtres pendant des années:
il mangeait tout! Même les boites de conserve.
Problème qui a totalement disparu dès qu'il a commencé
à sortir de chez lui.



Il y a les gens qui demandent à leur chien d'en faire trop peu, mais il y a aussi ceux qui lui demande d'en faire trop. C'est le problème des gens qui fantasment leur relation avec leur chien à partir de films, reportages ou de la façade que certains donnent sur les réseaux sociaux. Il est fort probable que votre chien ne sera pas Hatchi, qu'il ne vous mènera pas à remporter la CRUFTS d'agility ou sera doté d'un don incroyable et spectaculaire. Mais c'est normal! Les films ne sont que des fictions, les relations maîtres chiens diffusés dans les médias sont coupées et romancées pour montrer ce que l'on veut. Et faire de votre chien un champion dépend en grande partie de vous, cela ne vous tombera pas tout cru dans le bec. Attendre de votre chien qu'il soit objectivement exceptionnel est injuste pour lui et le mettra forcément en échec.


2/ Est ce vraiment le chien qui n'est pas à la hauteur ou nous?

Certains traits de caractère, certains instincts, certains comportements sont innés. Ils sont liés à la génétique du chien. Mais la plupart des choses que nous exigeons de nos chiens relèvent de l'acquis.
Si vos attentes sont raisonnables, mais que malgré ça, cela ne se passe pas comme vous le souhaiteriez, il est fort probable que cela soit votre responsabilité.

Je prends un exemple tout bête mais qui est assez commun: le chien qui vole. La plupart des chiens portent de l'intérêt à la nourriture, si vous en laissez trainer, si il peut l'attraper, pour quelle obscure raison ne le ferait il pas? Cela n'en fait pas de sales bêtes, ils n'ont pas une tare, ils ont juste un comportement normal! Si je laisse 50E sur mon bureau et que je vais passer un coup de téléphone à côté, si mes collègues ne me les volent pas, ce n'est pas parce que ce sont des êtres exceptionnels mais parce que leur éducation leur appris que ce n'est pas un comportement adapté. 

Combien de fois je vois ou entends des "Oh comme il est bien sage le vôtre" ou "Impossible de faire ça avec le mien", "Ce petit con a mangé tout le goûter des enfants" ou "Plus possible de le promener il tire trop" où pointe l'amertume? Alors qu'il n'y a aucune fatalité là dedans. Ce n'est pas votre chien qui n'est pas comme il faut, c'est vous qui n'avez pas fait votre boulot.

Il s'agit là de problèmes de la vie courante, du quotidien mais avec l'essor des sports canins et leur mise en scène de plus en plus fréquente, les exigences sur les performances sportives des chiens sont également de plus en plus fortes. Et par conséquent, les déceptions fréquentes. 
Là aussi posez vous la question. Si votre chien est en bonne santé et équilibré, pourquoi ne veut il pas travailler avec vous, ou pas comme vous le voulez? Probablement parce que vous vous y prenez mal.

Je fais de l'Obérythmée avec Flappy depuis plusieurs années. Il aime ça, c'est l'une des choses qui font qu'il garde le moral, même lorsque son état de santé n'est pas au mieux. Et pourtant j'ai été confrontée plusieurs fois à un manque de motivation. Parce que je m'y prenais comme un manche! Il ne voyait pas où je voulais en venir ou alors je sous estimais la difficulté de ce que je lui demandais et n'ajustais pas mes félicitations en conséquence, forcément le jeu est beaucoup moins marrant dans ces conditions.

Il n'y a pas de coupable à proprement parler dans l'incapacité d'un chien à faire ce qu'on attend de lui (pour le peu que cette attente soit réaliste bien entendu) mais toujours une mauvaise compréhension des motivations et besoins du chien, et par conséquent une réaction inadaptée de notre part ( on réprimande le chien pour ne pas avoir adopté un comportement que nous ne lui avons pas enseigné, nous abandonnons le sport qui pourrait pourtant nous apporter beaucoup faute de résultat).

3/ Est ce grave?

Reste la possibilité qu'effectivement vous ne puissiez pas pratiquer avec votre chien l'activité que vous vouliez initialement. (Je vais parler uniquement ici de sports/ disciplines, car pour ce qui relève de l'éducation de base, il n'y a pas d'impossibilité avec de la cohérence et lorsqu'on respecte les lois de l'apprentissage).

Donc c'est possible. Que ce soit pour des raisons de santé ou parce que vous n'avez pas les compétences pour mener CE chien dans CE sport. Ce qui n'a rien de honteux, canaliser l'excitation/ susciter de la motivation ne sont pas forcément choses aisées et parfois cela demande des connaissances que nous n'avons pas et qui sont difficiles à acquérir. 



J'ai commencé le Frisbee avec Linux.
Et j'ai vite calé.
Plutôt que de me frustrer et de risquer de le
démotiver j'ai choisi d'arrêter en attendant
de suivre un stage.

Parfois, le mieux pour nous, notre chien et surtout la relation que nous avons, est de lâcher les fantasmes et étudier la réalité. Qui est notre chien, qu'est ce qu'il aime, quels sont ses défauts, ses qualités, et trouver l'activité qui nous convient vraiment. Pour que le plaisir soit au rendez vous. Il n'y a pas de conséquence dramatique à devoir renoncer à son idée première. 
C'est inconfortable pour vous, parce que vous allez devoir vous adapter, mais ce n'est pas grave.

En réalité il n'y a que 2 cas où le décalage entre attente et réalité est problématique:
- Lorsqu'il s'agit d'un chien d'utilité. 
- Lorsque vous avez fait une vraie erreur de casting et que vous ne pouvez pas répondre aux besoins de votre chien.

Le reste c'est juste la vie. Avec ses imprévus et ses adaptations. A vous d'en tirer partie pour apprendre, toujours plus.




Est ce que mes chiens sont ce que j'avais souhaité?

Linux oui. J'avais en tête un chien un peu plus porté sur les jouets mais ce n'est absolument pas un critère déterminant et il est tellement super qu'honnêtement on s'en fout.
Flappy c'est plus compliqué. Il a été tout ce que je voulais. Intelligent, joueur, vif et câlin. Une perfection. J'ai donc eu énormément de mal lorsque ses maladies m'ont arraché de cet état de grâce. Il est évident que je n'ai jamais tenu mon chien responsable et que je ne l'ai pas moins aimé pour autant. Mais oui bien sûr j'ai été déçue. J'avais rêvé de ce chien toute mon enfance, nos débuts m'avaient incité à imaginer des choses folles. J'ai mis beaucoup de temps à accepter qu'il ne puisse pas faire certaines choses,  il en a souffert et moi aussi. Les choses se sont apaisées lorsque j'ai arrêté de chercher les moyens de le faire entrer dans le moule que j'avais conçu pour lui et que j'ai pris le problème de l'autre côté. J'ai enrichi ma connaissance du chien, j'ai creusé, cherché, expérimenté jusqu'à trouver le clicker. Ce petit boitier lui a redonné confiance en lui, en moi, ce qui a eu des répercussions sur son comportement au quotidien et sur son moral, m'a permis d'entretenir son physique avec sa participation volontaire et grâce à lui, je m'éclate avec mon chien.
C'est surement ce processus douloureux qui m'a ensuite permis d'avoir cette relation apaisée avec Linux, malgré les problèmes de comportement qu'il avait à son arrivée à la maison.

Soyez réalistes
Soyez responsables
Soyez tolérants



vendredi 22 janvier 2016

1% de chance, 99% de boulot!

J'ai longtemps hésité à écrire cet article, parce que je ne savais pas comment le rédiger sans me donner un air de prétentieuse ou de donneuse de leçon. Je ne suis pas sûre d'avoir trouvé le ton, mais le sujet me tient à coeur alors...

Régulièrement, des amis viennent chez moi, discuter autour d'une bière ou manger une pizza. Aucun de mes amis n'a de chiens, et leur réaction en général vis à vis des miens est la suivante "Tu as de la chance qu'ils soient si sages, j'en prendrais bien un comme ça moi aussi".
Parce que mes chiens ne quémandent pas lorsqu'on mange, ne harcèlent pas les invités pour avoir des câlins ou jouer et ne viennent pas non plus squatter les genoux à moins qu'on les y invite.
Alors oui ils sont sages, MAIS:
- Dans ce contexte. Il y a certaines situations où ils se font bien plus remarqués, par exemple ils saluent toujours de manière assez bruyantes les chiens de mes voisins -_- (z'ont du mal avec le concept de parties communes)
- Il n'y a pas de magie, pas de chance là dedans, si ils sont "sages" c'est parce qu'ils ont été éduqués pour ça. Certes ce sont à la base des chiens assez adaptés à ce type de situation, mais ça n'empêche pas qu'il y a du travail derrière. Et par ailleurs cela souligne l'importance de choisir son chien en fonction de son mode de vie.

Une cohabitation réussie tient en 3 mots: Sélection, Adaptation et Education. Les 3 s'entremêlent et tous ont de l'importance.

Sélection.


Qu'il s'agisse de l'adoption d'un chien adulte dans une refuge ou de l'achat d'un chiot de race en élevage, la dynamique est la même: choisissez un chien qui vous convient.
Bien sûr je pense au besoin d'activité physique et mentale, au gabarit, aux aptitudes/instincts. Mais je pense aussi à tout ce qui est lié au comportemental et émotionnel.
Chien de compagnie pratiquant un sport canin,
et non pas chien de sport cantonné majoritairement
à un rôle de compagnon.
Dans le cas de l'achat d'un chiot, visitez l'élevage, rencontrez la mère, discutez avec l'éleveur du travail de socialisation/sociabilisation qui est fait. Et plutôt qu'arrêtez votre choix sur le physique/ le sexe du chiot, faites vous guidez pour choisir celui dont le tempérament correspond le mieux à ce que vous souhaitez. Globalement, lorsqu'il s'agit de l'achat d'un chiot, si vous choisissez une race qui vous convient et un bon élevage, a priori c'est un bon départ.
C'est plus compliqué lorsqu'il s'agit d'une adoption (asso/refuge/chien trouvé etc) parce que l'affect prend une place prépondérante dans la décision. Or cela peut mener à de jolis désastres. L'enfer est pavé de bonnes intentions n'est ce pas?
Pour prendre un exemple concret, lorsque j'ai adopté Linux, je suis allée à la LPA de Roubaix. Pour faire mon choix, j'ai dû passer devant TOUTES les cages. Et parmi celles ci, il y en avait une avec un chiot de type Sharpei. Noir, déjà plus de 6 mois, complétement flippé, qui fuyait au fond de cage et montrait les dents. Bref, le profil type de ceux qui restent très longtemps au refuge... Bien sûr sa peur et son histoire me touchaient, bien sûr j'ai eu envie de le "sauver" de cette misère. Mais ça aurait été une erreur et je n'aurais finalement fait de bien à personne. Son gabarit en faisait un danger pour Flappy, déjà tout pourri à l'époque, je n'avais ni les compétences ni les conditions de vie pour faire sa réadaptation/ rééducation. J'ai donc adopté Linux, un gabarit idéal, un caractère avenant et un potentiel de sport. Bref le chien qui me convenait.
Il n'y a pas de hiérarchie dans les bonnes actions, vous n'êtes pas une meilleure personne parce que vous sortez tel chien de la fourrière plutôt que tel autre.


Lorsque vous faites le choix du compagnon qui va partager votre vie, vous devez rester rationnel, avoir des critères objectifs et avoir conscience de vos limites.

Si mes chiens sont sages lorsque des gens viennent à la maison, c'est en partie parce que ce sont des races de compagnie, des chiens conçus pour apprécier d'être au contact d'humains sans forcément être en interaction avec eux.

Adaptation


Très rares sont les personnes dont le mode de vie n'aura pas à être chamboulé lors de l'arrivée du chien.
Si vous voulez que votre chien soit calme lorsque vous en avez besoin, il faut qu'il le puisse. C'est à dire qu'il faut qu'il ait une activité suffisante et un espace où se reposer.
L’aménagement du salon est bien la modification la plus simple, le vrai défi réside dans le fait de dégager des heures de libres dans nos emplois du temps souvent surchargés afin de s'occuper du chien. Un chien qui s'ennuie, s'occupe, et pas forcément comme vous le souhaitez. C'est comme ça qu'on se retrouve avec des chiens qui mangent les meubles ou aboient pendant qu'on travaille. Un chien qui n'est pas assez stimulé risque de monter en excitation chaque fois qu'un stimuli survient, et donc également quand vous recevez et que vous aimeriez bien du calme.

Si mes chiens sont sages lorsque des gens viennent à la maison, c'est parce que je m'arrange pour qu'ils soient fatigués à leur arrivée! J'ai réalisé 2 graphiques représentant la composition des journées de mes chiens. (Canissimo en a réalisé pour leurs chiens de sport)
En moyenne, je m'en  occupe de façon active 3 heures/jour. Ce n'est pas parfait, je pense que 30 min de plus serait l'idéal pour eux, mais c'est suffisant.


















Mes chiens sont adultes et avec moi depuis des années, je passe donc le plus clair de mon temps avec eux à balader ou à les préparer sportivement parlant. L'éducation pure se résume aujourd'hui au travail en ville: ne pas descendre seul du trottoir, se pousser pour laisser passer etc... Il est évident qu'avant cela représentait un temps bien plus conséquent.


 

 

Education


Les bonnes manières humaines ne sont innées chez le chien. Le chien lui, il s'en fout d'être poli ou courtois, ce qu'il veut c'est "se mettre bien". Si améliorer son confort l'amène à faire quelque chose qui ne vous convient pas, il vous appartient de lui apprendre quoi faire à la place et de l'amener à préférer votre alternative à son idée première.

Dans le contexte d'un dîner entre amis il va donc demander de la bouffe à table parce que "le manger c'est bon" et qu'il n'a rien de mieux à faire pendant que vous mangez de toute façon, il va probablement sauter sur vos invités pour les accueillir parce que "les humains c'est chouette, ça fait des grattes" et tout sorte de choses que vous, vous n'allez pas aimer.

Si mes chiens sont sages lorsque des gens viennent à la maison, c'est parce qu'ils ont appris à l'être.
Ils savent que la bonne manière de saluer est d'attendre sur le tapis qu'on leur dise d'y aller (ou pas d'ailleurs, mais on compense cette frustration avec des bonbecs), ils savent que leur meilleure chance d'avoir un bout de notre assiette et de se coucher sur le tapis, et ils savent que les z'humains ne sont pas là pour jouer avec eux.

Donner de bonnes habitudes à son chien n'est jamais aussi dur que lorsque cela fait intervenir d'autres humains. Parce que vos invités vont le trouver trop chou et lui filer des bouts de chips, faire le dingue avec lui parce qu'il est marrant, et un humain c'est extrêmement têtu, donc accrochez vous pour faire respecter l'intégralité de vos consignes.


Bref, pour conclure mon habituel pavé, gardez en tête que dans les belles histoires chiens/humains, il y a certes un paramètre chance mais il y a surtout beaucoup d'usage de matière grise. Une belle histoire, c'est avant tout une réflexion permanente. A l'acquisition, pour choisir celui qui sera le plus heureux chez nous (et qui par conséquence nous rendra le plus heureux). Dans la vie quotidienne, pour réussir à combiner le mieux possible ses besoins de chiens et les impératifs de la vie avec des humains. Régulièrement, pour travailler tous les petits problèmes, les petits défauts qui vous empêche d'apprécier chaque moment de la vie ensemble.
Et gardez en tête qu'aucun chien n'est parfait, dans l'absolu ou pour tout le monde.






vendredi 4 décembre 2015

Lutter contre les abandons: changer l'image du chien.

Souvent, lorsqu'une petite annonce pour le placement d'un chien circule sur les réseaux sociaux, elle déclenche des réactions de colère assez impressionnantes. Les premiers propriétaires du chien sont insultés de tous les noms, leurs motifs raillés et assez souvent on leur souhaite d'être attaché à un pylône électrique cet été.

Bon dans l'absolu ça ne me dérange pas qu'on prenne en grippe des gens qui se débarrassent de leur animal, parfois de façon abominable et qui me font me demander si ce ne sont pas des sociopathes. Même si il ne faut quand même pas omettre que dans le lot de ces gens qui replacent leur chien, il y en a pour lesquels c'est un réel déchirement.

Quelque soit le profil de ces personnes, elles ont toutes en commun de ne pas pouvoir/vouloir prendre soin de leur chien. Et par conséquence tous ces chiens ont une chose en commun: l'abandon est finalement la meilleure chose qui puisse leur arriver!

Dans le cas de Linux, qu'il ait été abandonné est en fait une excellente nouvelle. Manifestement battu, il a franchement gagné au change.


Parce que qu'est ce qui est le mieux pour eux finalement? Qu'ils restent dans leur famille, alors même qu'ils ne peuvent pas s'y épanouir, sont souvent délaissés et parfois même maltraités, parce que l'abandon c'est le mal? Ou qu'ils quittent cet environnement qui ne leur convient pas pour un foyer qui pourra répondre à leurs besoins?
Pour moi les campagnes anti abandons sont un non sens: aucune personne n'abandonnera son chien sur le bord de la route pour partir en vacances si elle lui consacre ne serait ce que le quart de l'attention, de l'affection et du temps qu'on doit avoir pour son chien. Ces personnes là ne se sépareront de leur chien que si elles y sont forcés, et certainement pas de façon si lâche.
Et en fait même les chiens appartenant à ces personnes là gagneraient parfois à être replacé. Cela risque d'en faire bondir un bon nombre, mais non une vie dans un pavillon, avec un tour de quartier par jour et encore si on a de la chance, de temps en temps une balade en forêt pour aider les humains à digérer leur déjeuner dominical et une partie de balle quand le môme est décidé, le tout agrémenté de croquettes et de bouts de fromage filer sous la table, ça rend pas un chien heureux. Désolée mais non, ce n'est pas une vie pour un chien, c'est un tunnel sans fin d'ennui, et si le chien ne manifeste pas toujours son mal être de façon dommageable pour nous, cela ne les empêche pas de souffrir de ce manque de sollicitation. Les plus mal lotis sont bien souvent ce qui souffrent en silence. Ceux qui manifestent leur incapacité à s'adapter à cette vie morne en aboyant lorsqu'ils sont seuls, détruisant le mobilier ou en grognant sur l'humain tentant de reprendre sa chaussette sont ceux qui se retrouver sur une petite annonce. Celui qui se tait et dort, ayant basculé dans un état de détresse acquise, est qualifié de chien heureux et vivra toute sa vie ainsi. Ou plutôt il passera à côté...
Un chien ça a besoin de tout ça pour être bien. Si vous ne pouvez/voulez pas lui offrir ce dont il a besoin, même pas ce dont il a envie, on ne parle pas de caprice ou d'extra ici mais bien de besoins fondamentaux, n'en prenez pas, et si vous en avez déjà un, faites quelque chose ou mettez vous en quête d'une famille pouvant y répondre.

Et là on rencontre un autre problème qui est qu'il n'y a probablement pas suffisamment de foyer capable d'accueillir un chien et de lui permettre de s'épanouir pour tous les chiens déjà présents sur le territoire. Avoir un chien ce n'est pas aussi facile que les films ou notre expérience lointaine nous laisse le croire, ce n'est pas juste lui faire une place sur le canapé et l'aimer. C'est un mode de vie.

Finalement lutter contre les abandons, ce n'est pas tenter de convaincre des gens qui ne s'occupent pas de leur chien comme celui ci le nécessite, quelle qu’en soit la raison, de le garder, c'est éviter que ce chien se retrouve dans cette famille. Donc c'est de lutter contre les acquisitions irréfléchies.Et ça passe par signer cette pétition, parce que la vente de chiots façon Picwic, ça va bien 2 minutes.

On peut tenter de limiter les abandons en élaborant des conditions de ventes complexes qui feront que, les seules personnes assez motivées pour se lancer là dedans auront à cœur de trouver des familles adaptées à leur chiot. C'est vrai. Mais vu le statut légal de l'animal domestique aujourd'hui et la solution plus que partielle qu'apporte la toute nouvelle législation, il va falloir également se pencher sur la demande.
Mais outre lutter contre cette possibilité d'achat compulsif, par les animaleries, les particuliers véreux (oui il y a des particuliers qui font un excellent travail de sélection, pas seulement sur la race mais aussi dans les acquéreurs) et les marchands de chiens (et là, la nouvelle loi ne va pas aider), il faut, à mon sens, modifier l'image du chien dans notre société. Un marché c'est une offre et une demande, et si on veut le réguler, il faut le faire des deux côtés.

Dans l'imaginaire collectif, à partir du moment où on a un jardin, on peut avoir un chien. Un chien ça a juste besoin d'une gamelle, d'une gratouille, d'une baballe et de pisser bornes à incendie. Et bien non, revoyez plus haut le cas du chien pavillon. C'est comme ça qu'on crée un bon nombre d'abandon. Parce qu'il ne faut pas se leurrer, les personnes qui postent une annonce pour replacer leur chien, contactent une association ou un refuge ne sont pas tous des raclures des bidés qui ont voulu jouer à la peluche ou à la poupée, des irresponsables notoires ou juste des enfoirés si on veut faire simple. Un bon paquet sont des personnes qui avaient au départ de bonnes intentions mais qui n'avaient aucune idée de ce qu'est un chien et de ce dans quoi ils s'embarquaient. Des gens qui ont grandi avec un chien sans prendre la mesure de l'investissement de leurs parents ou du mal être du chien de leur enfance, qui ont des amis ayant un chien qui sort quand ils le veulent, leur fait la fête quand ils rentrent et leur chauffe les pieds devant la télé. Bref des gens qui ont pris un chien avec en tête une idée tout à fait erronée de ce que cela représente sans s'en douter le moins du monde.




 Le problème c'est que contrôler la demande, c'est encore plus complexe que de restreindre l'offre ... Pendant un moment je faisais partie de ceux qui veulent une permis de détention pour tous les chiens, et pas seulement ceux qui sont arbitraires catégorisés. Un peu sur le modèle de ce qui se fait en Suisse, avec des cours avant et après l'adoption, afin d'exposer les besoins d'un chien, comment l'éduquer etc. Sauf que, la SCC choisissant comme couverture FB la photo d'un chien avec un collier à piques, j'ai un peu peur de ce que serait le contenu de ces cours. A la limite je préfère des gens qui savent rien à des gens qui pensent qu'un chien, ça se domine, leur intuition les mènera peut être à des choses moins stupides.

Il faudrait toutefois trouver un moyen de supplanter cette image du chien paillasson par celle d'un animal avide d'interactions. Et là... Je sèche... Donner une visibilité plus grande à toutes ses familles qui ont un chien qui vit une vraie vie de chien, avec des balades, des défis intellectuels et le droit d'exprimer sa nature, en dehors du cercle confidentiel des passionnés de cet animal domestique n'est pas chose aisée. L'essor des sports canins, en montrant à tous ce que peut faire une chien pourrait donner au grand public l'intuition qu'un chien ne peut pas se satisfaire de 20minutes en laisse par jour et de chahuter avec les enfants. C'est tout le bien que peuvent apporter les prestations télévisées comme celle de Charlie, les démonstrations en animalerie ou dans les événements municipaux. Mais il faudrait vraiment plus. Mais quoi...


Je tiens à préciser qu'il n'y a aucun jugement de valeur dans mon propos même si il peut paraître dur.  Ne pas être une "à chien", dans le sens pouvant offrir à un chien ce dont il a besoin pour s'épanouir, ne veut pas dire être une mauvaise personne. Chacun est différent, avec ses obligations, ses envies, ses possibilités et ses priorités. Il est donc tout à fait logique que tout le monde ne soit pas une personne à chien.



dimanche 4 octobre 2015

L'amour c'est bien joli, mais la vie ce n'est pas de la meringue.

Il y a plusieurs années, j'avais quitté les groupes canins FB qui n'avaient pas d'objectif de partage précis. Je ne me souvenais plus pourquoi jusqu'à ce que j'en rejoigne à nouveau un.
Sur ces groupes, à chaque conseil, remarque, information, on se voit opposer l'argument "On s'en fiche de tout ça, l'important c'est qu'on les aime".
Vraiment? Mais c'est quoi l'amour d'abord. Selon le Larousse ce serait l'affection et la tendresse que nous éprouvons à l'égard de nos chiens. Ok. Mais notre amour les rend t il heureux?

Nous avons tous connaissance de cas où l'amour des propriétaires porte atteinte à l'intégrité de leurs animaux.
Les chiens obèses parce qu'on ne sait pas leur refuser la moitié de notre assiette, ceux qui ne voient jamais leurs congénères et presque pas l'extérieur parce qu'on a trop peur qui leur arrive quelque chose, ou encore ceux qui souffrent d'hyper attachement à force d'être couvés, papouillés, infantilisés.

Ca ce sont les cas évidents, ceux qui démontrent que l'amour ne fait pas tout.

Mais sans aller aussi loin,  chaque jour des histoires fleurissent sur la toile, me rappelant qu'on ne vit pas d'amour et d'eau fraîche.

Parce que qu'est ce qu'un chien heureux? C'est un chien qui est respecté dans sa nature et dont les besoins sont comblés. C'est un chien qui sort, qui joue, qui voit des congénères, qui mange une alimentation adaptée (c'est un carnivore rappelons le), qui a une activité physique et intellectuelle, qui est entretenu, qui a droit à ses moments de calme et de solitude, qui a la possibilité de ronger et dont on veille au bien être psychologique.

Je vais développer ensuite le dernier point, parce que les autres me semblent aller de soi, mais force est de constater que tous les autres besoins de nos chiens sont régulièrement niés. Combien de chiens ne sortent que rarement, combien mangent des croquettes de supermarché, combien sont constamment harcelés par les enfants du foyer? Quand on commence à parler de réelle réponse aux besoins d'activité physique et mentale c'est pire encore. Rares sont les chiens qui ont l'occasion de nous montrer leur potentiel.

Respecter et veiller au bien être mental de son chien c'est quoi?
Tout d'abord c'est apprendre à communiquer avec lui. Il faut donc être capable de lire le langage canin, et notamment les signaux d'apaisement, mais aussi lui apprendre à parler la notre langue. C'est à dire lui expliquer ce que nous attendons de lui lorsqu'on ne lui disons "Assis", "Attends", "Viens par là" etc. En réalité c'est plutôt créer un langage commune où chaque signal amène une réponse de l'autre partie.
Ce langage on le façonne au gré de l'éducation. Ce qui m'amène à mon point suivant: aimer son chien c'est l'éduquer avec des méthodes logiques et respectueuses, autrement dit en renforcement positif.



Et enfin, s'assurer de l'équilibre moral de son chien c'est lui éviter au maximum le stress. En respectant ses besoins sus nommés mais aussi en lui apprenant à composer avec les impératifs et les contraintes de la vie avec les Hommes.
Il n'y a pas grand chose qui me met plus hors de moi qu'une vidéo présentée comme marrante d'un chien qui est terrorisé par sa douche. La douche est un événement qui n'a rien de naturel pour un chien. C'est votre rôle de lui apprendre à l'accepter sans crainte, pourquoi pas à y prendre plaisir, mais au moins à ne pas le redouter. Et c'est valable pour tout ce qui est de l'ordre des soins: c'est votre boulot d'apprendre à votre chien à se faire manipuler, à accepter de se faire nettoyer les oreilles, couper les griffes etc sans stress. Ce sont des actes que vous allez devoir répéter toute la vie de votre chien, pourquoi en faire une guerre perpétuelle, pourquoi cela devrait il être dur pour lui. Ce n'est pas une fatalité, vous avez la possibilité de changer l'état émotionnel de votre chien vis à vis de ça, faites le. Sans compter qu'au delà du simple fait que vous êtes responsables du "bonheur" de votre chien, arrivera certainement à jour où vous aurez à traiter un vrai problème. Qui sera douloureux/ nécessitera un traitement rigoureusement régulier/ qui concernera un endroit difficilement manipulable. Et là vous serez heureux d'avoir un chien qui n'appréhende pas vos mains, les instruments et qui ne vous fuira pas.
Vous n'acceptez pas les comportements indésirables de votre chien (vols sur la table, dégâts, sauts sur les invités …) parce qu'il vous aime, pourquoi votre amour serait il une excuse pour lui faire subir des actes qui sont anxiogènes pour lui, alors que ce n'est pas une fatalité?

L'amour vous fera forcément faire des conneries, vous allez forcément faire des erreurs parce que vous l'aimez, parce que quand l'émotion prend le pas sur la raison, on est capable d'énormes boulettes.

Il y a quelques semaines, Flappy allait mal, très mal. On ne savait pas ce qu'il avait, si il allait s'en sortir, il ne dormait pas la nuit (et moi non plus), il avait mal, et le traitement de la dernière chance, pas de bol, c'était des suppositoires. Lorsque j'ai voulu lui mettre le premier, il s'est débattu et s'est caché. Et j'ai littéralement pété un plomb. Parce que j'étais effondrée de le voir souffrir, que j'étais terrifiée à l'idée de le perdre, parce que je l'aimais et que je voulais le soigner. J'étais complément hystérique. Et je lui ai fait peur, peut être même que je lui ai fait mal.
Mais il s'agit d'un cas extrême, dans la vie de tous les jours, j'aurais pris mon clicker et je l'aurais conditionné à accepter ce traitement.

J'ai mis du temps à regagner sa confiance, un temps que nous n'avions pourtant
pas tant il était capital qu'il prenne son traitement.
En voulant passer en force, on perd toujours.
La vie est dure, elle l'est avec vous, elle le sera peut être avec lui. La vie s'occupe très bien de nous faire subir des stress intenses sans que nous en rajoutions au quotidien au motif qu'après tout, ce n'est pas si grave si ce que nous faisons subir à notre chien de temps en temps le met mal à l'aise, voir lui fait peur, puisqu'on l'aime.

J'ai lu il y a quelques temps une citation sur l'amour qui est très juste selon moi: "L'amour ne donne aucun droit sur l'autre, seulement le devoir de le respecter" - Jacques Salomé.

Pour bien vous occupez de votre chien, vous devez l'aimer. Sinon tous les soins, activités, la vie quotidienne seront des contraintes et vous ne vous donnerez jamais la peine de combler tous ses besoins. Mais ce n'est pas suffisant, votre amour ne remplacera jamais les bienfaits d'une course, du suivi d'une piste ou d'une sieste réparatrice. Et votre amour n'annulera jamais les conséquences morales et physiques qu'auront un bain stressant, une visite terrifiante chez le vétérinaire ou la panique provoquée par le passage d'une moto.

L'amour c'est une condition nécessaire, mais non suffisante.

lundi 10 août 2015

La syringomyélie chez le Cavalier King Charles, une formidable omerta

Flappy, mon cavalier king charles, mon snobinard adoré est atteint d'une foutue saloperie appelée syringomyélie. Il a eu droit à 10 mois de vie avant d'être rattrapé par cette saleté. Qu'est ce que ça signifie concrètement? Il se gratte compulsivement au niveau des épaules, il traine les pattes avant à s'en user les griffes jusqu'à la pulpe (et fait de l'arthrose des chevilles à cause de sa démarche), ses pattes arrières sont raides et lui donnent un air de cow boy, il ressent la douleur de façon plus intense que les autres chiens et parfois hurle sans raison quand il est en crise. Il y a des périodes avec et des périodes sans. Après 4ans de phase cool avec quelques épisodes difficiles on vient de terminer un affreux mois. Ca revient petit à petit à la normale, je peux enfin dormir la nuit et lui peut à nouveau faire ce qu'il aime sans être complètement abattu ensuite.
Vous allez me dire, c'est triste mais c'est la vie. Shit happens comme disait quelqu'un récemment. Sauf que non, mon chien n'a pas simplement pas eu de chance. Il est aussi victime d'une dangereuse mise sous silence. Parce que la syringomyélie ne va pas simplement emmerder mon chien toute sa vie et finir par le tuer, c'est toute sa race qu'elle met en danger. Mais ça, on ne vous le dira pas.

La syringo, c'est quoi d'abord? Laetitia en parle très bien et ce site fait par une personne formidablement impliquée vous donnera plus de détails mais pour faire simple, la syringomyélie survient lorsque l'écoulement du liquide cérébro-spinal est obstrué.
Est ce que ça se soigne? Non. Comment ça s'attrape? C'est héréditaire. Est ce que ça se gère? Plus ou moins bien. On peut donner des médicaments contre la douleur ou pour diminuer la production de fluide cérébro-spinal. Une opération existe mais elle est rarement prescrite et pratiquée, certaines lésions ne pourront pas être réparées et la maladie peut réapparaître. Vous trouverez tous les détails avec le lien que je vous ai donné plus haut, ce qu'il est important de retenir ici c'est que la syringomyélie est une maladie héréditaire, qui se dépiste par IRM, qui fait mal et dont l'évolution est imprévisible: certains chiens resteront asymptotiques toute leur vie, d'autres ne vivront pas 2 ans.

Quand j'ai adopté mon chien j'ai tout fait comme il fallait: un chiot LOF, dont j'ai vu la maman, dont les parents sont testés coeur et yeux, , conformément aux exigences du club de race et identifiés génétiquement. C'est encore les critères de sélection qu'on donne aux gens souhaitant acquérir un cavalier.
Sauf que la liste des recommandations est incomplète: la syringo, elle est où là dedans?

Sur le site du club de race, une page est consacrée au "cerveau". Il s'agit d'un compte rendu d'une conférence donné par le Dr Laurent Cauzinille au club et aux éleveurs le 16 Octobre 2004. Il y a exposé la nature de la maladie, son diagnostic et sa prise en charge ainsi que des pistes sur le protocole que pourrait mettre en place le club pour endiguer la progression de la maladie. C'était il y a plus de 10 ans. Et maintenant?

La position du club face à cette maladie est résumée par leurs critères de dépistages:
 - "La maladie doit être fréquente et curable"
Fréquente, elle l'est et pas qu'un peu! La recherche à la fin de l'année de 2007 et au début de l'année 2008 établie que 50 à 70% des cavaliers king charles sont atteints de syringomyélie. Aucun protocole de dépistage et de sélection n'ayant étant mis en place depuis lors, nous sommes en droit de penser que la situation est pire aujourd'hui.
Avec 7547 naissances inscrites au LOF en 2013, cela voudrait dire qu'entre 3773 et 5282 chiens porteurs, symptomatiques ou non, ont vu le jour cette année là, et là on compte seulement les chiens LOF.
Je ne sais pas vous mais moi je trouve la fréquence relativement élevée quand même!

Par contre effectivement la maladie n'est pas curable. Mais elle entraine des souffrances plus ou moins accrue toute la vie du chien, elle oblige les propriétaires à adapter leur mode de vie, à engager des frais importants, à pleurer tout bas leur compassion pour cet animal qu'ils aiment et finalement, à prendre la douloureuse décision de mettre un terme à tout ça.
Ne devrions nous pas tout mettre en place pour éviter à des chiens de voir leur vie estropiée, leur espérance de vie écourtée, ne devrions nous pas éviter à des personnes de devoir décider de dire adieu à leur chien après un long parcours vallonné de souffrance?
Ca ne se soigne pas, alors tant pis?

- "Les méthodes de dépistage doutent être simples (non ou peu traumatisantes)".
L'IRM est une technologie disponible dans un grand nombre de cliniques vétérinaires. Certes elle nécessite une anesthésie générale mais c'est un examen non douloureux.

- "Le coût du dépistage doit être faible".
Nous voilà arrivés à l'épineuse question, celle de l'argent.
C'est un argument souvent soulevé: Une IRM ça coûte cher.
Parlons d'abord chiffres: J'ai payé l'IRM 394E, l'échographie cardiaque 170E. Une IRM faite à 3ans, si elle révèle un chien sain, donne le feu vert au reproducteur pour toute sa vie. Une écho cardiaque doit être réalisée tous les 18 mois, conformément au protocole du club de race. Certes c'est un coût plus élevé au départ mais sur la "carrière" d'un reproducteur, le dépistage de l'IRM est moins onéreux que celui de la MVD.
Un chiot de CKC coûte au bas mot 800€, sauf défaut de conformité au standard. J'ai payé le mien 950, je connais des gens ayant acquis une femelle pour 1200 voir même 1500€. Une augmentation du prix du chiot de 100€ pour répercuter les frais de dépistage ne détournerait pas les futurs propriétaires de l'achat. Il s'agit d'un pari sur l'avenir, tous les futurs propriétaires soucieux de leur chien sont prêt à mettre le prix nécessaire pour acquérir leur chiot chez un éleveur sérieux. Et sérieux veut dire: soucieux de proposer des chiots équilibrés, en bonne santé et qui ont toutes les chances de le rester.
Sans compter que, si l'on prenait la peine d'analyser les pedigrees des chiens atteints, qu'on rassemblait les dépistages au fur et à mesure, on pourrait écarter des chiens sans même les tester, par simple analyse des lignées.

Non le vrai coût de la syringomyélie n'est pas dans le dépistage en lui même: le vrai coût réside dans la proportion du cheptel atteint. Imaginez que tous les éleveurs doivent écarter de la reproduction 50 à 70% de leurs chiens. Ceux sont autant d'individus qui ont représenté un coût (achat, entretien, exposition, soin, alimentation etc) et qui ne seront jamais source de revenus. Pour une bonne partie d'entre eux, il faudra chercher à les replacer. Et qui se sentira capable d'adopter un chien avec un tel pronostic?
Il est là le vrai problème de la syringo, elle est là la vraie raison de ce silence autour de cette pathologie: si l'étude dit vraie, et pourquoi serait elle fausse, que faisons nous de tous ces chiens? Comment remplacer les revenus qui s'envolent?

Certains objectent parfois aussi qu'éliminer les chiens porteurs sains réduirait encore la diversité génétique. Et alors, vaut il mieux un grand cheptel malade ou un petit cheptel sain? A l'heure de la libre circulation des biens et des services, à l'heure où les éleveurs n'hésitent pas à traverser l'Europe pour faire des expositions, il est peut être temps de faire évoluer la collaboration internationale entre les éleveurs? Certains pays sont bien plus avancés que non dans la lutte contre ce fléau.
Tout comme les arguments constituant à dire que la syringo ce n'est pas si terrible, après tout le chien ne fait que gober des mouches (ce qui est faux, soit dit en passant) et se gratouiller un peu,  que les chiens malades viennent d'usines à chiots, que c'est plutôt rare en réalité, celui ci ne sert qu'à aider les personnes fautives à être sereines devant leur hypocrisie: si on se convainc assez que ce n'est pas grave, rare ou qu'il y a plus important, alors on ne se sent pas coupable de ne pas faire le test.

Flappy est mon chien et la seule chose qui compte aujourd'hui est de le rendre le plus heureux possible aussi longtemps qu'il pourra en profiter.
Mais Full Monty de la Dynastie d'Orkhan (son vrai nom) est plus que ça, il fait partie de ces chiens qui sauveront les autres, si nous nous décidons à faire quelque chose
Parlons éthique à présent: Comment pouvez vous dormir en sachant qu'à l'heure qu'il est, une famille est peut être en train d'essayer d'apaiser le chien qu'elle vous a acheté après des mois d'attente et mûre réflexion et qui est en train de se gratter furieusement derrière les oreilles? En sachant qu'une jeune fille a du aujourd'hui arrêter l'agility de loisir qu'elle et son chien adoraient parce qu'il a développé une ataxie? Que ce petit garçon ne peut plus jouer à la balle avec son meilleur copain parce que l'excitation augmente ses douleurs?
Le travail d'un éleveur n'est il pas d'améliorer sa race? Le cavalier est un chien 4X4, partant pour tout, qu'on peut emmener partout… Sauf quand il a la syringo. Parce que votre chien malade n'est plus tout à fait lui. La maladie l'étouffe, l'efface.

Avant de décider que tout ce que je viens de raconter, c'est des conneries, de la sensiblerie de propriétaire meurtrie qui cherche un responsable à accuser, lisser tous les liens contenus dans ce texte, taper "Syringomyélie cavalier king charles" dans Youtube.
Alors vous saurez.

samedi 30 mai 2015

Devrions nous encore avoir des chiens?

Vous connaissez ce genre de personne qui tourne et retourne dans sa tête la moindre réflexion qu'on peut lui faire? Le genre de personne qui serait capable de culpabiliser de se faire rentrer dedans par un con qui a griller un stop? Ce genre de personne c'est moi. Et si j'écris aujourd'hui, c'est parce qu'un très aimable naturaliste m'a dit que mes chiens tuaient les orchidées.

Je considère qu'avoir un chien est un droit mais que les autres ont aussi le droit de choisir de ne pas en avoir, et n'ont donc pas à subir les conséquences de mon choix. La liberté de l'un s'arrête là où celle des autres commence, vous voyez le genre?

J'habite en ville, dans une métropole très urbanisée et "pire", en appart'. Autant dire que je connais bien les contraintes du chien citadin et la difficulté à partager cet espace avec les autres. Il faut veiller à ce qu'ils ne pissent pas sur les devantures des magasins, leur apprendre à ne pas prendre toute la place sur le trottoir lors des croisements, travailler sur la réactivité aux multiples stimulus qu'il peut y avoir, veiller à ce qu'ils ne descendent pas du trottoir n'importe comment etc. Bref c'est un gros travail, potentiellement du stress pour le chien et en plus même quand on fait tout bien y'en a qui râle!

Pour le bien être de mes chiens (mais aussi pour le mien, parce que le travail de bureau ça rend fou), je les emmène tous les jours dans des endroits où ils peuvent flâner tranquillement, courir, explorer, bref être des chiens basiques sans déranger personne.

Il y a un endroit que j'affectionne particulièrement, parce qu'il est grand et varié. 
Il y a 2 jours, je m'y rends donc après le boulot avec les monstres et, toujours dans ma maniaquerie de nana qui ne supporte pas qu'on la gronde, je les emmène vers un petit sentier, entre les remparts et un plan d'eau afin d'éviter joggeurs, vélos et chiens en laisse.
A l'entrée de ce sentier, je croise un homme qui me demande si je peux rattacher mes chiens sur cette portion. J'acquiesce mais surprise, je demande pourquoi. Les chiens en liberté sont tolérés, je pensais donc qu'il se passait un événement particulier que mes chiens risquaient de perturber. Et bien non! En fait il s'avère que ce plan d'eau est le seul coin marécageux sur plusieurs kilomètres et qu'il abrite donc une faune et une flore rares, que la grosse concentration de chiens à cet endroit est en train de bousiller. Ba oui un chien dans l'eau, ça boit, ça nage, ça joue. Les crapauds et les roseaux ils aiment pas trop et en plus ça vide l'eau. Et comme il ne pleut pas (on a beau être du Nord, il arrive qu'il fasse sec), ba y'a plus de marécage.

Je discutaille un peu avec le monsieur, fort gentil et intéressant, puis continue mon chemin en promettant de faire attention. Et là, la machine était lancée. Je me sentais coupable, parce que ce marécage et ses ressources sont un bien qui appartient à tout le monde et que je contribue à dégrader. Certes mes chiens ne se baignent pas, mais ils boivent.

Réflexion qui m'a amené à me demander si avoir un chien en ville est vraiment une bonne chose. Pas par rapport aux autres humains cette fois ci mais par rapport aux chiens eux mêmes. Les balades en ville sont relativement restrictives et potentiellement stressantes, et lorsqu'on les emmène dans des coins de verdures, nous sommes encore obligés de brider leurs comportements instinctives (creuser, se baigner, chasser …), parce que l'importance de la fréquentation canine de cet espace fait que ces comportements l'abîment.

Et puis finalement, en milieu rural aussi c'est la galère, entre les zones exploitées pour l'agriculture, les réserves naturelles et les endroits où la chasse, parfois illégale, est fréquente.

Il devient compliqué de laisser nos chiens être simplement des chiens.

C'est notre droit d'avoir un chien mais le droit des chiens lui, qu'est ce qu'on en fait.

Nous exploitons tellement de surface pour l'habitation, le commerce, l'agriculture ou le loisir que les rares endroits dans lesquels nous pouvons nous promener ne peuvent pas supporter qu'on les y emmène se défouler sans contrainte. Alors même qu'ils pourraient y être utile, mon gentil naturaliste m'a par exemple dit que, par contre, si mes chiens pouvaient bouffer les rats musqués ça l'arrangerait bien. Faute de prédateurs naturels, ces nuisibles envahissent tout.

Pour résumer:
-  On a bousillé une grande partie de la nature.
- Ce qu'il en reste est tellement fragile qu'il faudrait en réalité la laisser tranquille et ne plus la fréquenter.
- En plus de ne plus avoir de travail à leur confier, de les laisser seul des heures durant, de souvent mal les comprendre, voilà que nous ne pouvons même plus offrir à nos chiens des environnements naturels pour laisser libre cours à ce qu'ils sont.

C'est nul d'être un chien dans ce monde d'humains.

Et parfois c'est même nul d'être humain.

mardi 31 mars 2015

Quand l'éducation positive devient un monde magique

Le lundi est généralement un jour difficile pour moi. Mais la semaine dernière je suis allée au bureau le coeur léger, portée par le petit miracle qui s'était déroulé dans mon salon le dimanche soir.

Régulièrement, je fais avec mes chiens des séances de Free-shapping. C'est à dire que je récompense absolument tout ce qu'ils proposent. Le but est de les aider à avoir confiance en eux et développer leur esprit d'initiative. Parfois lorsqu'ils me proposent quelque chose d'intéressant, je fais dévier l'exercice sur du shopping pour capturer ce comportement.

Flappy est un chien sûr de lui, et de moi, il a très vite compris le concept du free-shapping et si, en bon partisan du moindre effort qu'il est, il a tendance à me proposer toujours les mêmes comportements acquis, on passe toujours un bon moment ensemble.

Linux c'est une autre histoire. Il apprend très vite lorsqu'on le guide, par envie de bien faire,  mais cette même envie fait qu'il a tendance à se "bloquer" lorsqu'il doit prendre lui même ses décisions. J'avais donc l'habitude de faire avec lui des séances très courtes où je récompensais absolument tout. Y compris les mouvements non calculés comme les éternuements, les hochements de tête ou les légers levés de pattes. 

Mais le jeudi précèdent ce fameux dimanche, quelque chose à changer.


Linux, c'était le chien qui se recroquevillé chaque fois que
mon copain avait oublié de fermer les placards de la cuisine
et que je râlais.
Lors de notre séance de free-shapping, Linux a levé la patte avant gauche. J'ai cliqué/récompensé et attendu le comportement suivant. Je fus très surprise de le voir lever à nouveau la patte gauche. Après plus d'un an de courtes séances, il semblait avoir compris ce que j'attendais de lui et avoir suffisamment confiance en lui pour proposer de lui même un nouveau comportement. J'ai récompensé encore 4/5 fois ce lever de patte avant de mettre fin à la séance pour rester sur une note positif et de l'enthousiasme.




Dimanche je me suis à nouveau assise en face de mon chien pour une séance de shapping. Mon but était de conforter l'esprit d'initiative de Linux en encrant et nommant le comportement qu'il m'avait proposé, si par hasard il me le proposait à nouveau. Il n'avait rien oublié et c'est ce qu'il fit. 
J'étais heureuse, tout simplement heureuse. Pas d'avoir appris à mon chien à lever la patte mais de constater que ce petit bout, si nerveux, si peu sûr de lui, avait pris suffisamment d'assurance pour enfin ne plus craindre que je le punisse de s'être mal conduit et osait enfin prendre des initiatives.

Flap c'est une merveille, mon prodige.
Mais quand même!
Pendant ce temps Flappy attendait son tour, couché à côté de moi sur le tapis. Comme d'habitude il entra dans le jeu avec enthousiasme et gloutonnerie. Après 2/3 répétitions des "Twist" et "Recule" qu'il a l'habitude de me proposer, il leva la patte. Depuis plus de 2ans que je travaille en Free-shapping avec Flappy il ne m'a jamais, jamais, jamais absolument jamais proposé quoi que ce soit qui implique un contrôle précis des pattes avants. Pour la simple raison que sa maladie neurologique implique une très mauvaise coordination des pattes avants et que les lever lui demande un gros effort (il n'y a qu'à voir l'état de ses griffes). Mais voilà il nous avait observé et en avait déduit que ce comportement valait une récompense.
J'ai été littéralement bluffée par les capacités de déduction de mon chien. Il m'a regardé récompenser 10 ou 15 levés de pattes de Linux et a compris que c'était un comportement souhaité, tout en restant concentré sur ce que j'attendais de lui à ce moment là: rester calmement à côté de moi. Et, bien que ce soit un acte compliqué pour lui, il a choisi de répéter ce comportement parce qu'il pensait que c'était ce que j'attendais et ce qui lui rapporterait le plus. Je vous prie de croire que je ne l'ai pas déçu.




Depuis Linux et Flappy ont appris un nouveau tour: Up. Et je crois que c'est mon préféré.
Si différents mais qui se comprennent si bien.