mardi 14 juin 2016

Gérer la frustration... Humaine

La frustration chez le chien est une thématique très largement traitée, que ce soit au travers de stages, dans l'accompagnement d'un éducateur ou par des articles. Ce qui est normal, étant donné que tous les chiens sont confrontés à la frustration quasiment chaque jour de leur vie.

La frustration est l'état de quelqu'un qui est empêché d'atteindre son but ou de réaliser un désir.
La frustration se manifeste donc dans les moments les plus anodins et récurrents de la vie de votre chien, comme par exemple lorsque la laisse l'empêche de sentir une odeur ou de saluer un congénère
Mais elle est également présente en éducation, lorsque nous demandons à notre chien de rester calme en attendant sa gamelle, nous exigeons de lui qu'il gère la frustration de ne pas pouvoir accéder à la nourriture immédiatement.

De plus en plus sensibilisés à cette problématique, nous tâchons de mettre nos chiens dans des conditions qui leur permettent de tolérer et gérer cette frustration, dans les entrainements comme dans la vie quotidienne.

C'est très bien de se préoccuper de cela chez notre chien, c'est même essentiel, mais il n'y a pas que sa frustration qui peut parasiter notre relation et nos entrainements, la notre aussi.

Nous rencontrons tous des difficultés avec nos chiens, quelles soient purement techniques ou relationnelles. Nous nous sommes sommes tous retrouvés à un moment de notre vie avec notre chien, les bras ballants et l'esprit vide (si ça ne vous est pas encore arrivé, ne vous en faites pas ça va venir). Et pas besoin d'aller dans le dramatique pour ça, c'est parfois une chose toute bête, comme le chien qui se paralyse complétement dès qu'on tente de lui mettre son harnais (n'est ce pas Linux?). Il y a les grands classiques: le chien qui détruit/pleure lors de nos absences, celui qui tire en laisse, le réactif congénères. Il y a aussi les problématiques sportives: le chien qui s'excite tellement sur le terrain qu'il n'entend plus rien, celui qui décroche pour partir au taupe, celui qui loupe invariablement une porte au slalom etc.

De la situation la plus anecdotique à la plus envahissante, nous nous sommes tous retrouvés dans une situation où nous ne savions pas quoi faire dans nos interactions, parfois notre vie, avec notre chien. Nous avons tous été frustrés.
Il est important de savoir composer avec cette frustration car elle nous conduit facilement à l'erreur: sur conditionnement, mise à l'écart du chien, emportement, recours à des outils coercitifs etc.

J'ai vu des choses tristes découler de cette frustration. L'adoption d'un nouveau chien qui prendra la place de celui qui ne faisait pas l'affaire, des chiens paniqués sur des terrains de sports et des couples maitres chiens malheureux. 

Mais comment faire? Personne ne va venir nous filer un Pim's (vous savez ceux à l'orange?) pour nous aider à changer notre état émotionnel face à l'ampleur de la tâche. 
Au fur et à mesure du temps et des différentes difficultés que j'ai rencontré avec mes chiens, j'ai mis au point mon Petit Manuel de Gestion de la Frustration à l'Usage des Humains.
La B.A.BA de l'appaissement chez nous: la plage

1/ Toujours s'arrêter
Le plus important, le plus évident et pourtant pas si facile à respecter: toujours s'arrêter lorsqu'on sent l'agacement venir. En continuant malgré notre état émotionnel défavorable nous risquons de parasiter notre chien avec notre langage corporel, nos intonations voir les mots que nous employons. Tout ce qu'il faut pour que ça soit encore pire.

On dit souvent que lorsque nous apprenons quelque chose à notre chien, il faut arrêter sur un succès. C'est vrai si tout se déroule comme prévu, terminer sur un progrès de l'animal permet de le souligner à grands coups de récompenses et de donner par là l'envie au chien de reprendre cet exercice la prochaine fois.
Mais si vous êtes dans une impasse, vous obstiner risque de créer totalement l'inverse. Même si vous parvenez à conserver un self control du tonnerre et ne rien laisser paraître, ou presque de votre frustration, votre chien ne comprenant pas, risque lui de se frustrer également ou carrément de se retrouver dans une situation d'inconfort. L'interaction lui étant désagréable, il ne va pas la rechercher par la suite, voir même la fuir. Cercle vicieux.
 
2/ Toujours se demander pourquoi
Rien n'est plus frustrant que de se retrouver coincé, dans une boucle d'échecs. 
La première chose à faire, avant de retenter l'expérience, est de se demander pourquoi cela n'a pas marché. Nous ne trouvons pas forcément l'explication du premier coup, mais cette réflexion permet de se fixer un objectif, un aspect à travailler, ce qui est motivant, ainsi que de chercher à mieux connaître son chien. Ce qui m'amène à la 3ième bouée.

3/ Connaître son chien
Plus vous connaitrez votre chien, moins vous le mettrez en échec, moins vous rencontrerez d'obstacles et moins vous vous frustrerez.
Observez votre chien et apprenez à le connaître lui, ce qu'il est vraiment et non pas ce que vous pensez qu'il devrait être/ aimeriez qu'il soit.
Apprenez à repérer dans son attitude les prémisses du stress et de l'ennui, ce qu'il aime faire, ce qui le motive, ce qu'il fuit, ce qui l'inquiète, ce qui le déconcentre ( ça c'est pour le "travail), déterminez ce dont il a besoin pour être bien dans ses pattes et détendu (ça c'est pour la vie commune).
 
Soyez bienveillant envers lui et vous mêmes.
Lui comme nous avons des jours avec et des jours sans, lui et non avons des prédispositions pour certains choses et pas pour d'autres.
Surtout évitez les étiquettes, pour lui comme pour vous, qui réduiront votre champs des possibilités. Il n'est pas bête, vous n'êtes pas nul(le), il n'est pas méchant et vous n'êtes pas laxiste etc.
Soyez doux avec vous mêmes, avec votre chien.

Invariablement et depuis des années, jouez à cache cache avec des peluches suffit à nous réconcillier






5/ Se créer une bulle
Lorsque la pression monte, lorsque vous êtes fatigué, lorsque vous en avez marre et que vraiment vous ne voyez pas comment faire et n'avez même pas le courage de chercher, faites vous du bien et réfugiez vous dans ce qui vous réunis. Prenez votre chien et passez avec lui un moment à faire ce que vous faites si bien tous les 2. Chez certains ça sera une balade, chez d'autres un jeu de balle, chez d'autres encore un cani cross, et pourquoi pas simplement partager un thé et des biscuits devant un film. Who cares? Ce qui compte là maintenant, ce n'est pas que votre chien cesse d'aboyer quand on sonne à la porte, qu'il arrête de piquer vos chaussons, qu'il apprenne à s'assoir aux passages piétons ou qu'il sache faire ses zones, ce qui compte là maintenant c'est d'entretenir ce lien entre vous 2, ce lien qui vous unit et vous donne envie de passer du temps ensemble.

Lorsque nous sommes tendus, une simple course dans les champs, sans objectif ramène un climat détendu.
6/Explorer 
Et si la solution était ailleurs?
Explorer d'autres visions, tester d'autres approches, d'autres activités, permet d'observer nos problématiques sous un autre angle, d’interagir avec notre chien d'une autre manière et parfois, trouver la pièce du puzzle qui nous manquait.

7/ Prendre son temps
Le temps nous fait souvent défaut, la vie est courte, la leur encore plus mais à vouloir aller trop vite, on gâche l'instant présent.
Lâchez prise, asseyez vous dans l'herbe et regardez le s'y rouler. 

Et enfin... Vous n'êtes pas un super héros, il n'est pas Lassie

dimanche 24 avril 2016

Tout ce que nous ne leur apprenons pas

Ou plutôt tout ce que nous leur apprenons à notre insu.
Vous savez toutes ces petites manies irritantes que peuvent avoir nos chiens: nous aboyer dessus pour qu'on joue alors qu'on regarde la télé, gratter sur la vitre de la porte fenêtre pour entrer/sortir, mettre la tête sur notre cuisse alors que nous sommes entrain de manger etc...
Certes nous ne les avons pas initiés, mais par notre réaction nous avons appris à nos chiens que ces comportements étaient payants. Et en bons êtres intelligents qu'ils sont, ils reproduisent les actions qui leur permettent d'être bien/mieux.


Tous les comportements de nos animaux obéissent à une même logique: ils sont produits dans un but et leurs conséquences déterminent leur répétition ou leur disparition.

Pour parler de façon plus claire:

1/ Un chien ne fait jamais rien pour rien et il cherche toujours à atteindre le plus de confort possible.
 Lorsqu'on cherche à modifier le comportement de nos chiens, la première question à se poser est toujours: que recherche le chien? Quel est le besoin que comble cette action?

Prenons 4 exemples:
- Timmy, chihuahua de 3ans, a pris l'habitude de gratter la jambe de son maître à la fin des repas.
Etre pris sur les genoux à la fin des repas permet à Timmy d'accéder à 2 ressources: l'attention de son maître et de la nourriture.

- Larson, beagle de 7 mois, a la manie de monter l'escalier (vers l'étage qui lui est interdit) lorsque ses humains sont occupés.
Accéder à un lieu inconnu comble un besoin d'exploration, et en plus comme les humains viennent récupérer le sacripant, cela lui permet également d'obtenir de l'attention.

- Linux, spitz de 7ans, se positionne entre la table basse et le canapé, lorsque ses propriétaires y mangent. Ce qui est passablement oppressant.
Les humains étant maladroits, se positionne là permet à Linux d'avoir accès à de la nourriture (et ça chez le Ninu c'est sacré).

-Flappy, cavalier king charles de 5ans, chouine à la porte de la salle de bain le matin.
Du fait de son état de santé, il y a eu des périodes où chaque fois qu'il chouinait nous allions voir ce qui se passait. C'est donc pour lui une stratégie efficace pour obtenir de l'attention. Et le matin, après la balade et la gamelle, il a bien souvent envie d'un peu de câlins ou de jeux.


Détendez vous, ces petites gueules d'ange ne cachent aucun plan machiavélique


2/ Un chien ne reproduit que les comportements payants


L'objectif d'un chien est toujours d'améliorer son confort. A partir de là, il devient évidement que, d'une part un chien n'adopte jamais un comportement pour nous ennuyer, dans le but ne nous agacer ou nous provoquer, mais aussi que si il répète un comportement, c'est que celui ci lui apporte quelque chose.
Basiquement, un comportement peut être suivi de 4 possibilités:
- L'apparition d'un élément agréable - Ce qu'on appelle renforcement positif.
- La disparition d'un élément désagréable - Ce qu'on appelle renforcement négatif
- L'apparition d'un élément désagréable - Ce qu'on appelle punition positive
- La disparition d'un élément agréable - Ce qu'on appelle punition négative

Pas fou, le chien va reproduire les comportements qui amènent les 2 premières conséquences et éviter ceux qui amènent les 2 dernières.
Ces mécanismes d'apprentissage sont plutôt bien connus et tout à chacun s'en sert pour apprendre le assis ou le rappel à son chien. Mais l'on oublie bien souvent que ces lois ne disparaissent pas lorsqu'on range notre clicker et notre tug.

Le chien passe sa vie à analyser les conséquences de ses comportements et nos réponses à ses actions.
Nous leur enseignons donc bien des choses à notre insu. Si vous prenez nos 4 exemples, il s'agit de comportements que nous n'avons pas VOULU enseigner, nous n'avons pas CONSCIEMMENT incité nos chiens à les produire. Mais nous les renforçons, ici avec l'ajout d'éléments agréables: notre attention et/ou la nourriture.

La mauvaise nouvelle c'est donc que notre simple inattention et insouciance peut amener notre chien à adopter des comportements qui ne nous conviennent pas.
La bonne c'est qu'en connaissant ces 2 règles, tout comportement a un but et tout comportement renforcé sera reproduit, il est très facile d'amener notre chien à modifier son comportement pour l'amener là où nous voulons qu'il aille.





Je reprends mes 4 loustics
- Timmy, chihuahua de 3ans, a pris l'habitude de gratter la jambe de son maître à la fin des repas.
Etre pris sur les genoux à la fin des repas permet à Timmy d'accéder à 2 ressources: l'attention de son maître et de la nourriture.
Une solution simple est de lui apprendre à aller au panier dans un premier temps, puis de récompenser le fait d'être dans son panier lorsque les humains sont à table. Il n'obtient rien (P-) lorsqu'il demande mais il obtient lorsqu'il est dans son panier (R+) -> il va choisir le panier.

- Larson, beagle de 7 mois, a la manie de monter l'escalier (vers l'étage qui lui est interdit) lorsque ses humains sont occupés.
Accéder à un lieu inconnu comble un besoin d'exploration, et en plus comme les humains viennent récupérer le sacripant, cela lui permet également d'obtenir de l'attention.
Une barrière bébé a tout simplement été installée sur l'escalier afin d'éviter qu'il ne se renforce en montant (exploration et/ou attention des humains inévitables dans ce cas). Par ailleurs, ses humains veillent à ce qu'il ait suffisamment d'activité dans la journée afin que ne rien faire soit une option possible pour lui.

- Linux, spitz de 7ans, se positionne entre la table basse et le canapé, lorsque ses propriétaires y mangent. Ce qui est passablement oppressant.
Les humains étant maladroits, se positionne là permet à Linux d'avoir accès à de la nourriture (et ça chez le Ninu c'est sacré).
Comme dans le cas de Timmy, nous avons appris à nos chiens à aller au tapis et à y aller durant nos repas (R+). Bien qu'ils ne quémandent pas à proprement parler, la proximité de Linux  nous empêchait d'être certains qu'il ne pourrait pas se renforcer: il est nettement plus rapide que nous en ramassage de bouffe.

-Flappy, cavalier king charles de 5ans, chouine à la porte de la salle de bain le matin.
Du fait de son état de santé, il y a eu des périodes où chaque fois qu'il chouinait nous allions voir ce qui se passait. C'est donc pour lui une stratégie efficace pour obtenir de l'attention. Et le matin, après la balade et la gamelle, il a bien souvent envie d'un peu de câlins ou de jeux. 
Ici j'ai appris avec le temps à différencier ses chouinements, entre la simple demande d'attention et l'inconfort, je prends le temps de lui accorder 5min avant ma douche avant de diminuer la tentation et je l'ignore lorsqu'il me fait son petit malheureux (P-).

Mes monstres sur leur tapis pendant le repas des humains.
Petits élèments additionnels:
- Afin de ne pas mettre mes chiens en échec, je modifie l'environnement. Enfin disons plutôt que pour éviter de fiche en l'air mon plan en permettant à mes chiens de renforcer les comportements que je ne veux pas, je rends l'exécution de ces comportements improbable, voir impossible.
Larson ne peut plus monter, Linux est trop loin pour ramasser la nourriture tombée avant nous et Flappy ayant été respecté dans ses besoins d'attention et d'interaction sera moins en demande.
- Un comportement qui a été renforcé, qui plus est de façon intermittente, ne disparaitra jamais complétement, l'extinction d'un comportement est très rare. C'est pour cela que dans le cas de Timmy ou Linux, ignorer simplement le chien (P-) ne serait pas efficace. N'ayant pas de stratégie plus payante, ils vont continuer de produire ce comportement et il est fort probable qu'ils en soient récompensés de temps à autre, le papa de Linux ne va pas devenir spontanément beaucoup plus à adroit et quelqu'un va bien finir par dire à Timmy que ses petites griffes sur le jean c'est agaçant.
- Je ne pratique pas du tout la punition positive, par choix éthique mais de toute façon ce n'est pas un bon outil pédagogique. Le pourquoi du comment ici.

Lorsque votre chien vous agace avec ses petites manies, lorsque vous êtes tenté de lui coller l'étiquette de capricieux, lorsque vous vous dites que vraiment ce chien, il exagère, posez vous 5min, demandez vous dans quel but votre chien agit ainsi et ce qu'il y gagne. Ensuite à vous de déterminer si vous voulez qu'il fasse autre chose à la place, et dans ce cas quoi.

Et si j'ai ici parlé des comportements que nous amenons nos chiens à produire sans en avoir conscience, il est également possible de conduire nos chiens à éviter d'en produire certains alors qu'ils sont importants. Je pense notamment au cas classique du chien qui se fait réprimander (P+) parce qu'il grogne celui qui s'approche trop près de son oreille de cochon. Si ce comportement s'éteint, vous vous retrouvez avec un chien qui, soit entre en détresse acquise, soit va zapper la case grognement qui n'est pas efficace et passer à l'étape suivante: le pincement ou la morsure. Aucun des deux n'est bon.

PS: Le choix de conserver ou modifier le comportement de votre chien ne s'applique que sur des comportements qui potentiellement vous gênent vous, mais ne sont pas néfastes pour votre chien. Les comportements de destruction, d'agression, d'apathie, de mal propreté ou d'auto mutilation sont signes d'un mal être chez votre chien: il faut intervenir.

Comme on le dit si bien chez AREG, si vous voulez que ça change, changez!

mercredi 3 février 2016

Quand notre chien doit se mesurer à Lassie

Lorsqu'on prend une décision qui va modifier notre quotidien, nous avons toujours une idée précise de la façon dont cela va se passer. On construit dans notre tête ce nouveau rythme, ce que va nous apporter ce changement et, la plupart du temps, combien on va en être heureux (oui parce qu'à moins d'être masochiste, vous essayez d'avoir une vie qui vous rend heureux). L'adoption d'un chien ne déroge pas à la règle. Nous fantasmons tous la future relation que nous aurons avec notre nouveau compagnon. 
Mais, dans ce cas comme dans tous les autres, il y a toujours un écart entre le rêve et la réalité. Et parfois cet écart est vraiment énorme. Et on est déçu. Ce n'est pas ce qu'on voulait. 
Et il convient de se poser 3 questions:

1/ Est ce que ce que l'on désire est réalisable?

Si vous laissez votre chien seul 20h/jour, que vous ne le sortez que 20min par jour et que vous voulez que le reste du temps il soit bien sage, le problème ce n'est pas le chien, c'est vous. Bon je caricature, mais ce que je veux dire par là, c'est que parfois, les gens sont déçus que leur chien soit un chien. Ce pauvre animal n'a aucun autre tort que d'être de la mauvaise espèce. Même si chaque individu est différent, un chien est un chien, et avant d'en adopter un et de lui faire le reproche de ne pas correspondre à vos attentes, assurez vous de savoir réellement ce qu'est un chien.

Buddy a rendu fou ses maîtres pendant des années:
il mangeait tout! Même les boites de conserve.
Problème qui a totalement disparu dès qu'il a commencé
à sortir de chez lui.



Il y a les gens qui demandent à leur chien d'en faire trop peu, mais il y a aussi ceux qui lui demande d'en faire trop. C'est le problème des gens qui fantasment leur relation avec leur chien à partir de films, reportages ou de la façade que certains donnent sur les réseaux sociaux. Il est fort probable que votre chien ne sera pas Hatchi, qu'il ne vous mènera pas à remporter la CRUFTS d'agility ou sera doté d'un don incroyable et spectaculaire. Mais c'est normal! Les films ne sont que des fictions, les relations maîtres chiens diffusés dans les médias sont coupées et romancées pour montrer ce que l'on veut. Et faire de votre chien un champion dépend en grande partie de vous, cela ne vous tombera pas tout cru dans le bec. Attendre de votre chien qu'il soit objectivement exceptionnel est injuste pour lui et le mettra forcément en échec.


2/ Est ce vraiment le chien qui n'est pas à la hauteur ou nous?

Certains traits de caractère, certains instincts, certains comportements sont innés. Ils sont liés à la génétique du chien. Mais la plupart des choses que nous exigeons de nos chiens relèvent de l'acquis.
Si vos attentes sont raisonnables, mais que malgré ça, cela ne se passe pas comme vous le souhaiteriez, il est fort probable que cela soit votre responsabilité.

Je prends un exemple tout bête mais qui est assez commun: le chien qui vole. La plupart des chiens portent de l'intérêt à la nourriture, si vous en laissez trainer, si il peut l'attraper, pour quelle obscure raison ne le ferait il pas? Cela n'en fait pas de sales bêtes, ils n'ont pas une tare, ils ont juste un comportement normal! Si je laisse 50E sur mon bureau et que je vais passer un coup de téléphone à côté, si mes collègues ne me les volent pas, ce n'est pas parce que ce sont des êtres exceptionnels mais parce que leur éducation leur appris que ce n'est pas un comportement adapté. 

Combien de fois je vois ou entends des "Oh comme il est bien sage le vôtre" ou "Impossible de faire ça avec le mien", "Ce petit con a mangé tout le goûter des enfants" ou "Plus possible de le promener il tire trop" où pointe l'amertume? Alors qu'il n'y a aucune fatalité là dedans. Ce n'est pas votre chien qui n'est pas comme il faut, c'est vous qui n'avez pas fait votre boulot.

Il s'agit là de problèmes de la vie courante, du quotidien mais avec l'essor des sports canins et leur mise en scène de plus en plus fréquente, les exigences sur les performances sportives des chiens sont également de plus en plus fortes. Et par conséquent, les déceptions fréquentes. 
Là aussi posez vous la question. Si votre chien est en bonne santé et équilibré, pourquoi ne veut il pas travailler avec vous, ou pas comme vous le voulez? Probablement parce que vous vous y prenez mal.

Je fais de l'Obérythmée avec Flappy depuis plusieurs années. Il aime ça, c'est l'une des choses qui font qu'il garde le moral, même lorsque son état de santé n'est pas au mieux. Et pourtant j'ai été confrontée plusieurs fois à un manque de motivation. Parce que je m'y prenais comme un manche! Il ne voyait pas où je voulais en venir ou alors je sous estimais la difficulté de ce que je lui demandais et n'ajustais pas mes félicitations en conséquence, forcément le jeu est beaucoup moins marrant dans ces conditions.

Il n'y a pas de coupable à proprement parler dans l'incapacité d'un chien à faire ce qu'on attend de lui (pour le peu que cette attente soit réaliste bien entendu) mais toujours une mauvaise compréhension des motivations et besoins du chien, et par conséquent une réaction inadaptée de notre part ( on réprimande le chien pour ne pas avoir adopté un comportement que nous ne lui avons pas enseigné, nous abandonnons le sport qui pourrait pourtant nous apporter beaucoup faute de résultat).

3/ Est ce grave?

Reste la possibilité qu'effectivement vous ne puissiez pas pratiquer avec votre chien l'activité que vous vouliez initialement. (Je vais parler uniquement ici de sports/ disciplines, car pour ce qui relève de l'éducation de base, il n'y a pas d'impossibilité avec de la cohérence et lorsqu'on respecte les lois de l'apprentissage).

Donc c'est possible. Que ce soit pour des raisons de santé ou parce que vous n'avez pas les compétences pour mener CE chien dans CE sport. Ce qui n'a rien de honteux, canaliser l'excitation/ susciter de la motivation ne sont pas forcément choses aisées et parfois cela demande des connaissances que nous n'avons pas et qui sont difficiles à acquérir. 



J'ai commencé le Frisbee avec Linux.
Et j'ai vite calé.
Plutôt que de me frustrer et de risquer de le
démotiver j'ai choisi d'arrêter en attendant
de suivre un stage.

Parfois, le mieux pour nous, notre chien et surtout la relation que nous avons, est de lâcher les fantasmes et étudier la réalité. Qui est notre chien, qu'est ce qu'il aime, quels sont ses défauts, ses qualités, et trouver l'activité qui nous convient vraiment. Pour que le plaisir soit au rendez vous. Il n'y a pas de conséquence dramatique à devoir renoncer à son idée première. 
C'est inconfortable pour vous, parce que vous allez devoir vous adapter, mais ce n'est pas grave.

En réalité il n'y a que 2 cas où le décalage entre attente et réalité est problématique:
- Lorsqu'il s'agit d'un chien d'utilité. 
- Lorsque vous avez fait une vraie erreur de casting et que vous ne pouvez pas répondre aux besoins de votre chien.

Le reste c'est juste la vie. Avec ses imprévus et ses adaptations. A vous d'en tirer partie pour apprendre, toujours plus.




Est ce que mes chiens sont ce que j'avais souhaité?

Linux oui. J'avais en tête un chien un peu plus porté sur les jouets mais ce n'est absolument pas un critère déterminant et il est tellement super qu'honnêtement on s'en fout.
Flappy c'est plus compliqué. Il a été tout ce que je voulais. Intelligent, joueur, vif et câlin. Une perfection. J'ai donc eu énormément de mal lorsque ses maladies m'ont arraché de cet état de grâce. Il est évident que je n'ai jamais tenu mon chien responsable et que je ne l'ai pas moins aimé pour autant. Mais oui bien sûr j'ai été déçue. J'avais rêvé de ce chien toute mon enfance, nos débuts m'avaient incité à imaginer des choses folles. J'ai mis beaucoup de temps à accepter qu'il ne puisse pas faire certaines choses,  il en a souffert et moi aussi. Les choses se sont apaisées lorsque j'ai arrêté de chercher les moyens de le faire entrer dans le moule que j'avais conçu pour lui et que j'ai pris le problème de l'autre côté. J'ai enrichi ma connaissance du chien, j'ai creusé, cherché, expérimenté jusqu'à trouver le clicker. Ce petit boitier lui a redonné confiance en lui, en moi, ce qui a eu des répercussions sur son comportement au quotidien et sur son moral, m'a permis d'entretenir son physique avec sa participation volontaire et grâce à lui, je m'éclate avec mon chien.
C'est surement ce processus douloureux qui m'a ensuite permis d'avoir cette relation apaisée avec Linux, malgré les problèmes de comportement qu'il avait à son arrivée à la maison.

Soyez réalistes
Soyez responsables
Soyez tolérants



vendredi 22 janvier 2016

1% de chance, 99% de boulot!

J'ai longtemps hésité à écrire cet article, parce que je ne savais pas comment le rédiger sans me donner un air de prétentieuse ou de donneuse de leçon. Je ne suis pas sûre d'avoir trouvé le ton, mais le sujet me tient à coeur alors...

Régulièrement, des amis viennent chez moi, discuter autour d'une bière ou manger une pizza. Aucun de mes amis n'a de chiens, et leur réaction en général vis à vis des miens est la suivante "Tu as de la chance qu'ils soient si sages, j'en prendrais bien un comme ça moi aussi".
Parce que mes chiens ne quémandent pas lorsqu'on mange, ne harcèlent pas les invités pour avoir des câlins ou jouer et ne viennent pas non plus squatter les genoux à moins qu'on les y invite.
Alors oui ils sont sages, MAIS:
- Dans ce contexte. Il y a certaines situations où ils se font bien plus remarqués, par exemple ils saluent toujours de manière assez bruyantes les chiens de mes voisins -_- (z'ont du mal avec le concept de parties communes)
- Il n'y a pas de magie, pas de chance là dedans, si ils sont "sages" c'est parce qu'ils ont été éduqués pour ça. Certes ce sont à la base des chiens assez adaptés à ce type de situation, mais ça n'empêche pas qu'il y a du travail derrière. Et par ailleurs cela souligne l'importance de choisir son chien en fonction de son mode de vie.

Une cohabitation réussie tient en 3 mots: Sélection, Adaptation et Education. Les 3 s'entremêlent et tous ont de l'importance.

Sélection.


Qu'il s'agisse de l'adoption d'un chien adulte dans une refuge ou de l'achat d'un chiot de race en élevage, la dynamique est la même: choisissez un chien qui vous convient.
Bien sûr je pense au besoin d'activité physique et mentale, au gabarit, aux aptitudes/instincts. Mais je pense aussi à tout ce qui est lié au comportemental et émotionnel.
Chien de compagnie pratiquant un sport canin,
et non pas chien de sport cantonné majoritairement
à un rôle de compagnon.
Dans le cas de l'achat d'un chiot, visitez l'élevage, rencontrez la mère, discutez avec l'éleveur du travail de socialisation/sociabilisation qui est fait. Et plutôt qu'arrêtez votre choix sur le physique/ le sexe du chiot, faites vous guidez pour choisir celui dont le tempérament correspond le mieux à ce que vous souhaitez. Globalement, lorsqu'il s'agit de l'achat d'un chiot, si vous choisissez une race qui vous convient et un bon élevage, a priori c'est un bon départ.
C'est plus compliqué lorsqu'il s'agit d'une adoption (asso/refuge/chien trouvé etc) parce que l'affect prend une place prépondérante dans la décision. Or cela peut mener à de jolis désastres. L'enfer est pavé de bonnes intentions n'est ce pas?
Pour prendre un exemple concret, lorsque j'ai adopté Linux, je suis allée à la LPA de Roubaix. Pour faire mon choix, j'ai dû passer devant TOUTES les cages. Et parmi celles ci, il y en avait une avec un chiot de type Sharpei. Noir, déjà plus de 6 mois, complétement flippé, qui fuyait au fond de cage et montrait les dents. Bref, le profil type de ceux qui restent très longtemps au refuge... Bien sûr sa peur et son histoire me touchaient, bien sûr j'ai eu envie de le "sauver" de cette misère. Mais ça aurait été une erreur et je n'aurais finalement fait de bien à personne. Son gabarit en faisait un danger pour Flappy, déjà tout pourri à l'époque, je n'avais ni les compétences ni les conditions de vie pour faire sa réadaptation/ rééducation. J'ai donc adopté Linux, un gabarit idéal, un caractère avenant et un potentiel de sport. Bref le chien qui me convenait.
Il n'y a pas de hiérarchie dans les bonnes actions, vous n'êtes pas une meilleure personne parce que vous sortez tel chien de la fourrière plutôt que tel autre.


Lorsque vous faites le choix du compagnon qui va partager votre vie, vous devez rester rationnel, avoir des critères objectifs et avoir conscience de vos limites.

Si mes chiens sont sages lorsque des gens viennent à la maison, c'est en partie parce que ce sont des races de compagnie, des chiens conçus pour apprécier d'être au contact d'humains sans forcément être en interaction avec eux.

Adaptation


Très rares sont les personnes dont le mode de vie n'aura pas à être chamboulé lors de l'arrivée du chien.
Si vous voulez que votre chien soit calme lorsque vous en avez besoin, il faut qu'il le puisse. C'est à dire qu'il faut qu'il ait une activité suffisante et un espace où se reposer.
L’aménagement du salon est bien la modification la plus simple, le vrai défi réside dans le fait de dégager des heures de libres dans nos emplois du temps souvent surchargés afin de s'occuper du chien. Un chien qui s'ennuie, s'occupe, et pas forcément comme vous le souhaitez. C'est comme ça qu'on se retrouve avec des chiens qui mangent les meubles ou aboient pendant qu'on travaille. Un chien qui n'est pas assez stimulé risque de monter en excitation chaque fois qu'un stimuli survient, et donc également quand vous recevez et que vous aimeriez bien du calme.

Si mes chiens sont sages lorsque des gens viennent à la maison, c'est parce que je m'arrange pour qu'ils soient fatigués à leur arrivée! J'ai réalisé 2 graphiques représentant la composition des journées de mes chiens. (Canissimo en a réalisé pour leurs chiens de sport)
En moyenne, je m'en  occupe de façon active 3 heures/jour. Ce n'est pas parfait, je pense que 30 min de plus serait l'idéal pour eux, mais c'est suffisant.


















Mes chiens sont adultes et avec moi depuis des années, je passe donc le plus clair de mon temps avec eux à balader ou à les préparer sportivement parlant. L'éducation pure se résume aujourd'hui au travail en ville: ne pas descendre seul du trottoir, se pousser pour laisser passer etc... Il est évident qu'avant cela représentait un temps bien plus conséquent.


 

 

Education


Les bonnes manières humaines ne sont innées chez le chien. Le chien lui, il s'en fout d'être poli ou courtois, ce qu'il veut c'est "se mettre bien". Si améliorer son confort l'amène à faire quelque chose qui ne vous convient pas, il vous appartient de lui apprendre quoi faire à la place et de l'amener à préférer votre alternative à son idée première.

Dans le contexte d'un dîner entre amis il va donc demander de la bouffe à table parce que "le manger c'est bon" et qu'il n'a rien de mieux à faire pendant que vous mangez de toute façon, il va probablement sauter sur vos invités pour les accueillir parce que "les humains c'est chouette, ça fait des grattes" et tout sorte de choses que vous, vous n'allez pas aimer.

Si mes chiens sont sages lorsque des gens viennent à la maison, c'est parce qu'ils ont appris à l'être.
Ils savent que la bonne manière de saluer est d'attendre sur le tapis qu'on leur dise d'y aller (ou pas d'ailleurs, mais on compense cette frustration avec des bonbecs), ils savent que leur meilleure chance d'avoir un bout de notre assiette et de se coucher sur le tapis, et ils savent que les z'humains ne sont pas là pour jouer avec eux.

Donner de bonnes habitudes à son chien n'est jamais aussi dur que lorsque cela fait intervenir d'autres humains. Parce que vos invités vont le trouver trop chou et lui filer des bouts de chips, faire le dingue avec lui parce qu'il est marrant, et un humain c'est extrêmement têtu, donc accrochez vous pour faire respecter l'intégralité de vos consignes.


Bref, pour conclure mon habituel pavé, gardez en tête que dans les belles histoires chiens/humains, il y a certes un paramètre chance mais il y a surtout beaucoup d'usage de matière grise. Une belle histoire, c'est avant tout une réflexion permanente. A l'acquisition, pour choisir celui qui sera le plus heureux chez nous (et qui par conséquence nous rendra le plus heureux). Dans la vie quotidienne, pour réussir à combiner le mieux possible ses besoins de chiens et les impératifs de la vie avec des humains. Régulièrement, pour travailler tous les petits problèmes, les petits défauts qui vous empêche d'apprécier chaque moment de la vie ensemble.
Et gardez en tête qu'aucun chien n'est parfait, dans l'absolu ou pour tout le monde.






vendredi 4 décembre 2015

Lutter contre les abandons: changer l'image du chien.

Souvent, lorsqu'une petite annonce pour le placement d'un chien circule sur les réseaux sociaux, elle déclenche des réactions de colère assez impressionnantes. Les premiers propriétaires du chien sont insultés de tous les noms, leurs motifs raillés et assez souvent on leur souhaite d'être attaché à un pylône électrique cet été.

Bon dans l'absolu ça ne me dérange pas qu'on prenne en grippe des gens qui se débarrassent de leur animal, parfois de façon abominable et qui me font me demander si ce ne sont pas des sociopathes. Même si il ne faut quand même pas omettre que dans le lot de ces gens qui replacent leur chien, il y en a pour lesquels c'est un réel déchirement.

Quelque soit le profil de ces personnes, elles ont toutes en commun de ne pas pouvoir/vouloir prendre soin de leur chien. Et par conséquence tous ces chiens ont une chose en commun: l'abandon est finalement la meilleure chose qui puisse leur arriver!

Dans le cas de Linux, qu'il ait été abandonné est en fait une excellente nouvelle. Manifestement battu, il a franchement gagné au change.


Parce que qu'est ce qui est le mieux pour eux finalement? Qu'ils restent dans leur famille, alors même qu'ils ne peuvent pas s'y épanouir, sont souvent délaissés et parfois même maltraités, parce que l'abandon c'est le mal? Ou qu'ils quittent cet environnement qui ne leur convient pas pour un foyer qui pourra répondre à leurs besoins?
Pour moi les campagnes anti abandons sont un non sens: aucune personne n'abandonnera son chien sur le bord de la route pour partir en vacances si elle lui consacre ne serait ce que le quart de l'attention, de l'affection et du temps qu'on doit avoir pour son chien. Ces personnes là ne se sépareront de leur chien que si elles y sont forcés, et certainement pas de façon si lâche.
Et en fait même les chiens appartenant à ces personnes là gagneraient parfois à être replacé. Cela risque d'en faire bondir un bon nombre, mais non une vie dans un pavillon, avec un tour de quartier par jour et encore si on a de la chance, de temps en temps une balade en forêt pour aider les humains à digérer leur déjeuner dominical et une partie de balle quand le môme est décidé, le tout agrémenté de croquettes et de bouts de fromage filer sous la table, ça rend pas un chien heureux. Désolée mais non, ce n'est pas une vie pour un chien, c'est un tunnel sans fin d'ennui, et si le chien ne manifeste pas toujours son mal être de façon dommageable pour nous, cela ne les empêche pas de souffrir de ce manque de sollicitation. Les plus mal lotis sont bien souvent ce qui souffrent en silence. Ceux qui manifestent leur incapacité à s'adapter à cette vie morne en aboyant lorsqu'ils sont seuls, détruisant le mobilier ou en grognant sur l'humain tentant de reprendre sa chaussette sont ceux qui se retrouver sur une petite annonce. Celui qui se tait et dort, ayant basculé dans un état de détresse acquise, est qualifié de chien heureux et vivra toute sa vie ainsi. Ou plutôt il passera à côté...
Un chien ça a besoin de tout ça pour être bien. Si vous ne pouvez/voulez pas lui offrir ce dont il a besoin, même pas ce dont il a envie, on ne parle pas de caprice ou d'extra ici mais bien de besoins fondamentaux, n'en prenez pas, et si vous en avez déjà un, faites quelque chose ou mettez vous en quête d'une famille pouvant y répondre.

Et là on rencontre un autre problème qui est qu'il n'y a probablement pas suffisamment de foyer capable d'accueillir un chien et de lui permettre de s'épanouir pour tous les chiens déjà présents sur le territoire. Avoir un chien ce n'est pas aussi facile que les films ou notre expérience lointaine nous laisse le croire, ce n'est pas juste lui faire une place sur le canapé et l'aimer. C'est un mode de vie.

Finalement lutter contre les abandons, ce n'est pas tenter de convaincre des gens qui ne s'occupent pas de leur chien comme celui ci le nécessite, quelle qu’en soit la raison, de le garder, c'est éviter que ce chien se retrouve dans cette famille. Donc c'est de lutter contre les acquisitions irréfléchies.Et ça passe par signer cette pétition, parce que la vente de chiots façon Picwic, ça va bien 2 minutes.

On peut tenter de limiter les abandons en élaborant des conditions de ventes complexes qui feront que, les seules personnes assez motivées pour se lancer là dedans auront à cœur de trouver des familles adaptées à leur chiot. C'est vrai. Mais vu le statut légal de l'animal domestique aujourd'hui et la solution plus que partielle qu'apporte la toute nouvelle législation, il va falloir également se pencher sur la demande.
Mais outre lutter contre cette possibilité d'achat compulsif, par les animaleries, les particuliers véreux (oui il y a des particuliers qui font un excellent travail de sélection, pas seulement sur la race mais aussi dans les acquéreurs) et les marchands de chiens (et là, la nouvelle loi ne va pas aider), il faut, à mon sens, modifier l'image du chien dans notre société. Un marché c'est une offre et une demande, et si on veut le réguler, il faut le faire des deux côtés.

Dans l'imaginaire collectif, à partir du moment où on a un jardin, on peut avoir un chien. Un chien ça a juste besoin d'une gamelle, d'une gratouille, d'une baballe et de pisser bornes à incendie. Et bien non, revoyez plus haut le cas du chien pavillon. C'est comme ça qu'on crée un bon nombre d'abandon. Parce qu'il ne faut pas se leurrer, les personnes qui postent une annonce pour replacer leur chien, contactent une association ou un refuge ne sont pas tous des raclures des bidés qui ont voulu jouer à la peluche ou à la poupée, des irresponsables notoires ou juste des enfoirés si on veut faire simple. Un bon paquet sont des personnes qui avaient au départ de bonnes intentions mais qui n'avaient aucune idée de ce qu'est un chien et de ce dans quoi ils s'embarquaient. Des gens qui ont grandi avec un chien sans prendre la mesure de l'investissement de leurs parents ou du mal être du chien de leur enfance, qui ont des amis ayant un chien qui sort quand ils le veulent, leur fait la fête quand ils rentrent et leur chauffe les pieds devant la télé. Bref des gens qui ont pris un chien avec en tête une idée tout à fait erronée de ce que cela représente sans s'en douter le moins du monde.




 Le problème c'est que contrôler la demande, c'est encore plus complexe que de restreindre l'offre ... Pendant un moment je faisais partie de ceux qui veulent une permis de détention pour tous les chiens, et pas seulement ceux qui sont arbitraires catégorisés. Un peu sur le modèle de ce qui se fait en Suisse, avec des cours avant et après l'adoption, afin d'exposer les besoins d'un chien, comment l'éduquer etc. Sauf que, la SCC choisissant comme couverture FB la photo d'un chien avec un collier à piques, j'ai un peu peur de ce que serait le contenu de ces cours. A la limite je préfère des gens qui savent rien à des gens qui pensent qu'un chien, ça se domine, leur intuition les mènera peut être à des choses moins stupides.

Il faudrait toutefois trouver un moyen de supplanter cette image du chien paillasson par celle d'un animal avide d'interactions. Et là... Je sèche... Donner une visibilité plus grande à toutes ses familles qui ont un chien qui vit une vraie vie de chien, avec des balades, des défis intellectuels et le droit d'exprimer sa nature, en dehors du cercle confidentiel des passionnés de cet animal domestique n'est pas chose aisée. L'essor des sports canins, en montrant à tous ce que peut faire une chien pourrait donner au grand public l'intuition qu'un chien ne peut pas se satisfaire de 20minutes en laisse par jour et de chahuter avec les enfants. C'est tout le bien que peuvent apporter les prestations télévisées comme celle de Charlie, les démonstrations en animalerie ou dans les événements municipaux. Mais il faudrait vraiment plus. Mais quoi...


Je tiens à préciser qu'il n'y a aucun jugement de valeur dans mon propos même si il peut paraître dur.  Ne pas être une "à chien", dans le sens pouvant offrir à un chien ce dont il a besoin pour s'épanouir, ne veut pas dire être une mauvaise personne. Chacun est différent, avec ses obligations, ses envies, ses possibilités et ses priorités. Il est donc tout à fait logique que tout le monde ne soit pas une personne à chien.