vendredi 1 juillet 2016

Ne pas se leurrer sur le leurre

 Bon j'avoue le titre c'est surtout pour le jeu de mots ;). Parce qu'il va être question du leurre mais pas que! Il va être question du mauvais emploi de la friandise en général, et de comment, ce qui devrait être un accélérateur d'apprentissage et un renforçateur devient un inhibiteur.

En gros, pourquoi ceux qui déclament qu'enseigner à la croquette donnent des chiens qui "n'obéissent" qu'avec de la bouffe sous le nez ont à la fois tord et raison.

Comment cela devrait il se passer?

Tout commence par une loi du comportement: tout comportement renforcé augmente.
Donc, pour que nos chiens adoptent les comportements que nous souhaitons, nous allons les renforcer, les récompenser.
Une multitude de choses peuvent faire office de récompense mais la récompense alimentaire a beaucoup d'atouts pour elle: facile à utiliser, par tous et partout, n'interrompt pas vraiment la séance, fonctionne avec tous les chiens, permet une fréquence de distribution élevée.
Nous allons donc utiliser une friandise pour renforcer le comportement de notre chien de façon systématique, c'est la phase d'acquisition, puis de façon aléatoire lors de la phase d'automatisation, pour ensuite passer aux phases de généralisation puis de maintenance (dans laquelle le renforçateur n'est plus nécessaire, le comportement est porteur de sa propre motivation).

Ça paraît simple comme ça, alors pourquoi parfois cela ne marche t il pas?


La première source d'ennui est la phase d'acquisition.

De l'importance du timing.
Commençons par le commencement: le moment et la zone de récompense. Suivant quand on récompense et où on récompense, nous n'enseignons pas le même comportement.
-Je travaille la marche au pied (et non pas la position au pied), je commence par mettre mon chien en position, je fais quelques pas et je récompense. Sauf qu'une personne aussi douée en coordination que moi a le réflexe de s'arrêter pour récompenser. Du coup j'ai renforcé la position mais pas le fait d'avancer dans cette position.
- J'enseigne à mon chien à ne pas descendre du trottoir sans moi, je le laisse sur le trottoir, m'éloigne et reviens le récompenser directement dans la gueule si il n'est pas descendu. Au départ bien sûr je ne m'éloigne pas beaucoup, pour ne pas être mon chien en échec. Il n'a donc pas appris que ne pas descendre sans signal contraire c'était bien, il a juste appris qu'être à côté de moi est bien. Et donc lorsque que j'ai commencé à m'éloigner, il m'a bien évidemment suivi, logique ce chien.
J'ai changé de zone de renforcement et lancé la récompense sur le trottoir, et là il a fait l'association que je voulais: le trottoir, c'est cool!
(Mes chiens ont fait ces associations, d'autres ne feraient peut être pas le même, le propos est que suivant où et quand je récompense mes chiens, ils ne font pas la même association).


On progresse, et on se retrouve dans la phase d'automatisation.

Un renforcement aléatoire précoce
Une erreur assez classique est de passer à une distribution de récompenses aléatoire trop rapidement.
On ne passe au renforcement aléatoire que lorsqu'un comportement est bien maîtrisé . Si le chien n'a pas compris, si il est encore dans l'essai, le fait que la récompense ne soit plus systématique va le mettre en doute et il risque de se désengager.

L'humain muet
Lorsque nous sommes en renforcement aléatoire, nous ne passons pas du tout au rien, notre chien ne passe pas de la pluie à un silence radio et 0 interaction. Nous allons continuer à le féliciter oralement, avec plus ou moins d'effluve, et pourquoi pas lui faire une petite grattouille (si il aime ça). Sauf que, cachés derrière nos friandises durant la période d'acquisition (ou juste trop concentrés sur ce que nous sommes en train de faire), nous sommes souvent muets. Nous n’apprenons pas à féliciter nos chiens oralement (je ne sais pas vous mais moi, à la base ce n'est pas dans ma nature de m'exclamer "C'est bien loulou" ou de prendre une voie aigue et enjouée pour dire "Oui"). Du coup, lorsque nous diminuons l'apparition des friandises notre chien se retrouve face à un "C'est bien" platonique (et il n'a pas appris ce que signifie ce mot puisque nous ne parlons pas lorsque les friandises sont là), et effectivement on peut le comprendre qu'il ne soit pas franchement motivé.

Vous n'êtez pas obligé de parler durant la phase d'acquisition, personnellement en shapping j'ai du mal avec la fréquence du click, mais lorsque vous récompensez à la voix, récompensez vraiment.


La friandise parasite
Ce qui peut se produire lorsque l'on a tendance à travailler avec les mains pleines, c'est qu'on ne passe en réalité jamais en aléatoire puisque le chien sait prédire quand il sera récompensé et quand il ne le sera pas.. Outre le fait que cela risque de déconcentrer le chien va peut être vous sortir tout son répertoire pour obtenir le truc qui sent bon dans votre main, cela rend la récompense très prévisible: friandise dans la main = récompense, pas de friandise en main = pas de récompense.
Et ce n'est pas que votre chien ne veut pas/ ne sait pas apprendre sans friandises, bien au contraire. Vous travaillez avec récompense en main, une fois que vous estimez le comportement sur signal vous voulez passer en aléatoire et là hop d'un seul coup votre main se vide. Au bout de quelques répétitions, votre chien a compris que si il n'y a rien dans la main, il n'y a rien dans la gueule non plus à la fin. Il se démotive dans ce cas de figure, ne réalise plus le comportement, vous revenez en arrière et la récompense est à nouveau dans votre main. Il a non seulement appris que lorsque vous avez les mains vides, il n'obtient pas de récompense mais il a également appris à attendre qu'elle réapparaisse pour réaliser le comportement. Si c'est pas un chien intelligent ça. Il a appris. Mais pas quelque chose que vous souhaitiez.

Facilitez vous la vie, utilisez une pochette pratique et préparez vos friandises en amont. Piocher et récompenser doit être un geste facile et rapide. Et cela vous aidera en outre à avoir un bon timing.

Et plus que de travaillez les mains pleines de friandises, vous pouvez également utiliser ces mains pleines de trucs trop bons pour amener votre chien à réaliser un comportement, c'est ce qu'on appelle le leurre et là c'est encore plus piégeux. 

La problématique du leurre.
Le leurre n'est pas une mauvaise chose en soi, honnêtement certains comportements sont extrêmement difficiles à obtenir en shapping/capture, pas impossibles bien sûr mais il faut être très ingénue/ réactif.
Cela paraît facile d'enseigner un comportement en leurrant, mais il est surtout très facile de ralentir l'apprentissage ou d'enseigner autre chose que ce que l'on souhaite.
Tout d'abord le fait de leurrer l'animal nuit à sa concentration, il n'est pas aussi actif dans son apprentissage et plus ou moins obnubilé par ce qu'il suit. Il fait, mais sans avoir totalement conscience de ce qu'il est en train de faire.
Ensuite, si on conserve le leurre sur un nombre de répétition trop élevé, celui devient une partie du comportement ou tout du moins du signal qui amène à ce comportement. Le chien n'a pas appris à faire un tour sur lui même par exemple, il a appris que quand vous faites un cercle au dessus de sa tête avec une croquette, il doit la suivre.

Amener un comportement un guidant le chien étant quand même bien pratique, le propos ici n'est pas de bannir le guide, mais de l'utiliser de façon à ce qu'il ne se retourne pas contre nous:
- En le retirant rapidement lors de l'apprentissage.
- En le remplaçant par une cible, cela peut être la main ou un target stick.

Pour la faire courte, si entrainer votre chien avec des friandises ne donne pas de résultat, vérifiez si:
- Vous récompensez bien le comportement que vous souhaitez
- Vous ne grillez pas les étapes
- Vous êtes motivants
- Vous n'êtez pas trop prévisibles
- Vous n'avez pas intégré la présence des friandises à votre signal

Bien utilisé le renforcement positif en général, avec l'usage de friandises en particulier, donne des apprentissages qui sont solides et durables. Si vous êtes cohérents, progressifs et attentifs, les comportements que vous enseignez auront un historique positif pour votre chien et il les produira pour eux mêmes: pas besoin d'avoir de saucisse dans la main :).

Maintenant que nous avons fait un détour sur les choses qui peuvent faire qu'un chien ne travaille que lorsque de la nourriture est dans les parages, faisons un détour par ceux qui ne travaillent pas pour la nourriture. Je suis tombée sur un article intéressant sur le sujet (ici), et je trouve que le complément est pertinent.
Comme le souligne très justement l'auteur, tous les chiens mangent. Tous les chiens ont donc un intérêt pour la nourriture. Que peut il bien se passer pour qu'un chien ne considère pas une récompense comme un renforcement positif? Là encore c'est notre gestion des friandises qui est en cause. Lorsque nous utilisons l'attirance naturelle de notre chien pour la nourriture pour le tromper et l'amener là où il ne veut pas aller, nous entachons cette association positive. Et à force de répétitions, un nombre plus ou moins élevé suivant les individus, nous empoissons le signal friandise: l'arrivée d'une récompense n'est plus forcément une bonne nouvelle. Comme rien n'est plus explicite que le concret et que les exemples de l'article sont très parlants, je vais les reprendre.
- Votre chien ne revient pas à votre appel, vous sortez sa friandise préférée, la brandissez en criant "Biscrok" (je ne sais pas ce qu'ils mettent là dedans mais sérieux, les chiens ont une addiction à ces trucs). Votre chien rapplique et vous en profitez pour le chopper par le collier. Biscrok n'est alors pas suivi du Biscrok, mais signifie la fin d'un moment plaisant.
- Vous partez et voulez mettre votre chien en cage, vous l'amenez à vous avec une friandise, l'attrapez et l'enfermez. Venir chercher la friandise n'est plus juste un moment agréable, c'est le prémisse à un quelque chose de non souhaité (la cage nécessite un apprentissage).


Ne travailler que pour des bonbeks, ne pas travailler pour des bonbeks, les deux sont des comportements acquis.

mardi 14 juin 2016

Gérer la frustration... Humaine

La frustration chez le chien est une thématique très largement traitée, que ce soit au travers de stages, dans l'accompagnement d'un éducateur ou par des articles. Ce qui est normal, étant donné que tous les chiens sont confrontés à la frustration quasiment chaque jour de leur vie.

La frustration est l'état de quelqu'un qui est empêché d'atteindre son but ou de réaliser un désir.
La frustration se manifeste donc dans les moments les plus anodins et récurrents de la vie de votre chien, comme par exemple lorsque la laisse l'empêche de sentir une odeur ou de saluer un congénère
Mais elle est également présente en éducation, lorsque nous demandons à notre chien de rester calme en attendant sa gamelle, nous exigeons de lui qu'il gère la frustration de ne pas pouvoir accéder à la nourriture immédiatement.

De plus en plus sensibilisés à cette problématique, nous tâchons de mettre nos chiens dans des conditions qui leur permettent de tolérer et gérer cette frustration, dans les entrainements comme dans la vie quotidienne.

C'est très bien de se préoccuper de cela chez notre chien, c'est même essentiel, mais il n'y a pas que sa frustration qui peut parasiter notre relation et nos entrainements, la notre aussi.

Nous rencontrons tous des difficultés avec nos chiens, quelles soient purement techniques ou relationnelles. Nous nous sommes sommes tous retrouvés à un moment de notre vie avec notre chien, les bras ballants et l'esprit vide (si ça ne vous est pas encore arrivé, ne vous en faites pas ça va venir). Et pas besoin d'aller dans le dramatique pour ça, c'est parfois une chose toute bête, comme le chien qui se paralyse complétement dès qu'on tente de lui mettre son harnais (n'est ce pas Linux?). Il y a les grands classiques: le chien qui détruit/pleure lors de nos absences, celui qui tire en laisse, le réactif congénères. Il y a aussi les problématiques sportives: le chien qui s'excite tellement sur le terrain qu'il n'entend plus rien, celui qui décroche pour partir au taupe, celui qui loupe invariablement une porte au slalom etc.

De la situation la plus anecdotique à la plus envahissante, nous nous sommes tous retrouvés dans une situation où nous ne savions pas quoi faire dans nos interactions, parfois notre vie, avec notre chien. Nous avons tous été frustrés.
Il est important de savoir composer avec cette frustration car elle nous conduit facilement à l'erreur: sur conditionnement, mise à l'écart du chien, emportement, recours à des outils coercitifs etc.

J'ai vu des choses tristes découler de cette frustration. L'adoption d'un nouveau chien qui prendra la place de celui qui ne faisait pas l'affaire, des chiens paniqués sur des terrains de sports et des couples maitres chiens malheureux. 

Mais comment faire? Personne ne va venir nous filer un Pim's (vous savez ceux à l'orange?) pour nous aider à changer notre état émotionnel face à l'ampleur de la tâche. 
Au fur et à mesure du temps et des différentes difficultés que j'ai rencontré avec mes chiens, j'ai mis au point mon Petit Manuel de Gestion de la Frustration à l'Usage des Humains.
La B.A.BA de l'appaissement chez nous: la plage

1/ Toujours s'arrêter
Le plus important, le plus évident et pourtant pas si facile à respecter: toujours s'arrêter lorsqu'on sent l'agacement venir. En continuant malgré notre état émotionnel défavorable nous risquons de parasiter notre chien avec notre langage corporel, nos intonations voir les mots que nous employons. Tout ce qu'il faut pour que ça soit encore pire.

On dit souvent que lorsque nous apprenons quelque chose à notre chien, il faut arrêter sur un succès. C'est vrai si tout se déroule comme prévu, terminer sur un progrès de l'animal permet de le souligner à grands coups de récompenses et de donner par là l'envie au chien de reprendre cet exercice la prochaine fois.
Mais si vous êtes dans une impasse, vous obstiner risque de créer totalement l'inverse. Même si vous parvenez à conserver un self control du tonnerre et ne rien laisser paraître, ou presque de votre frustration, votre chien ne comprenant pas, risque lui de se frustrer également ou carrément de se retrouver dans une situation d'inconfort. L'interaction lui étant désagréable, il ne va pas la rechercher par la suite, voir même la fuir. Cercle vicieux.
 
2/ Toujours se demander pourquoi
Rien n'est plus frustrant que de se retrouver coincé, dans une boucle d'échecs. 
La première chose à faire, avant de retenter l'expérience, est de se demander pourquoi cela n'a pas marché. Nous ne trouvons pas forcément l'explication du premier coup, mais cette réflexion permet de se fixer un objectif, un aspect à travailler, ce qui est motivant, ainsi que de chercher à mieux connaître son chien. Ce qui m'amène à la 3ième bouée.

3/ Connaître son chien
Plus vous connaitrez votre chien, moins vous le mettrez en échec, moins vous rencontrerez d'obstacles et moins vous vous frustrerez.
Observez votre chien et apprenez à le connaître lui, ce qu'il est vraiment et non pas ce que vous pensez qu'il devrait être/ aimeriez qu'il soit.
Apprenez à repérer dans son attitude les prémisses du stress et de l'ennui, ce qu'il aime faire, ce qui le motive, ce qu'il fuit, ce qui l'inquiète, ce qui le déconcentre ( ça c'est pour le "travail), déterminez ce dont il a besoin pour être bien dans ses pattes et détendu (ça c'est pour la vie commune).
 
Soyez bienveillant envers lui et vous mêmes.
Lui comme nous avons des jours avec et des jours sans, lui et non avons des prédispositions pour certains choses et pas pour d'autres.
Surtout évitez les étiquettes, pour lui comme pour vous, qui réduiront votre champs des possibilités. Il n'est pas bête, vous n'êtes pas nul(le), il n'est pas méchant et vous n'êtes pas laxiste etc.
Soyez doux avec vous mêmes, avec votre chien.

Invariablement et depuis des années, jouez à cache cache avec des peluches suffit à nous réconcillier






5/ Se créer une bulle
Lorsque la pression monte, lorsque vous êtes fatigué, lorsque vous en avez marre et que vraiment vous ne voyez pas comment faire et n'avez même pas le courage de chercher, faites vous du bien et réfugiez vous dans ce qui vous réunis. Prenez votre chien et passez avec lui un moment à faire ce que vous faites si bien tous les 2. Chez certains ça sera une balade, chez d'autres un jeu de balle, chez d'autres encore un cani cross, et pourquoi pas simplement partager un thé et des biscuits devant un film. Who cares? Ce qui compte là maintenant, ce n'est pas que votre chien cesse d'aboyer quand on sonne à la porte, qu'il arrête de piquer vos chaussons, qu'il apprenne à s'assoir aux passages piétons ou qu'il sache faire ses zones, ce qui compte là maintenant c'est d'entretenir ce lien entre vous 2, ce lien qui vous unit et vous donne envie de passer du temps ensemble.

Lorsque nous sommes tendus, une simple course dans les champs, sans objectif ramène un climat détendu.
6/Explorer 
Et si la solution était ailleurs?
Explorer d'autres visions, tester d'autres approches, d'autres activités, permet d'observer nos problématiques sous un autre angle, d’interagir avec notre chien d'une autre manière et parfois, trouver la pièce du puzzle qui nous manquait.

7/ Prendre son temps
Le temps nous fait souvent défaut, la vie est courte, la leur encore plus mais à vouloir aller trop vite, on gâche l'instant présent.
Lâchez prise, asseyez vous dans l'herbe et regardez le s'y rouler. 

Et enfin... Vous n'êtes pas un super héros, il n'est pas Lassie

dimanche 24 avril 2016

Tout ce que nous ne leur apprenons pas

Ou plutôt tout ce que nous leur apprenons à notre insu.
Vous savez toutes ces petites manies irritantes que peuvent avoir nos chiens: nous aboyer dessus pour qu'on joue alors qu'on regarde la télé, gratter sur la vitre de la porte fenêtre pour entrer/sortir, mettre la tête sur notre cuisse alors que nous sommes entrain de manger etc...
Certes nous ne les avons pas initiés, mais par notre réaction nous avons appris à nos chiens que ces comportements étaient payants. Et en bons êtres intelligents qu'ils sont, ils reproduisent les actions qui leur permettent d'être bien/mieux.


Tous les comportements de nos animaux obéissent à une même logique: ils sont produits dans un but et leurs conséquences déterminent leur répétition ou leur disparition.

Pour parler de façon plus claire:

1/ Un chien ne fait jamais rien pour rien et il cherche toujours à atteindre le plus de confort possible.
 Lorsqu'on cherche à modifier le comportement de nos chiens, la première question à se poser est toujours: que recherche le chien? Quel est le besoin que comble cette action?

Prenons 4 exemples:
- Timmy, chihuahua de 3ans, a pris l'habitude de gratter la jambe de son maître à la fin des repas.
Etre pris sur les genoux à la fin des repas permet à Timmy d'accéder à 2 ressources: l'attention de son maître et de la nourriture.

- Larson, beagle de 7 mois, a la manie de monter l'escalier (vers l'étage qui lui est interdit) lorsque ses humains sont occupés.
Accéder à un lieu inconnu comble un besoin d'exploration, et en plus comme les humains viennent récupérer le sacripant, cela lui permet également d'obtenir de l'attention.

- Linux, spitz de 7ans, se positionne entre la table basse et le canapé, lorsque ses propriétaires y mangent. Ce qui est passablement oppressant.
Les humains étant maladroits, se positionne là permet à Linux d'avoir accès à de la nourriture (et ça chez le Ninu c'est sacré).

-Flappy, cavalier king charles de 5ans, chouine à la porte de la salle de bain le matin.
Du fait de son état de santé, il y a eu des périodes où chaque fois qu'il chouinait nous allions voir ce qui se passait. C'est donc pour lui une stratégie efficace pour obtenir de l'attention. Et le matin, après la balade et la gamelle, il a bien souvent envie d'un peu de câlins ou de jeux.


Détendez vous, ces petites gueules d'ange ne cachent aucun plan machiavélique


2/ Un chien ne reproduit que les comportements payants


L'objectif d'un chien est toujours d'améliorer son confort. A partir de là, il devient évidement que, d'une part un chien n'adopte jamais un comportement pour nous ennuyer, dans le but ne nous agacer ou nous provoquer, mais aussi que si il répète un comportement, c'est que celui ci lui apporte quelque chose.
Basiquement, un comportement peut être suivi de 4 possibilités:
- L'apparition d'un élément agréable - Ce qu'on appelle renforcement positif.
- La disparition d'un élément désagréable - Ce qu'on appelle renforcement négatif
- L'apparition d'un élément désagréable - Ce qu'on appelle punition positive
- La disparition d'un élément agréable - Ce qu'on appelle punition négative

Pas fou, le chien va reproduire les comportements qui amènent les 2 premières conséquences et éviter ceux qui amènent les 2 dernières.
Ces mécanismes d'apprentissage sont plutôt bien connus et tout à chacun s'en sert pour apprendre le assis ou le rappel à son chien. Mais l'on oublie bien souvent que ces lois ne disparaissent pas lorsqu'on range notre clicker et notre tug.

Le chien passe sa vie à analyser les conséquences de ses comportements et nos réponses à ses actions.
Nous leur enseignons donc bien des choses à notre insu. Si vous prenez nos 4 exemples, il s'agit de comportements que nous n'avons pas VOULU enseigner, nous n'avons pas CONSCIEMMENT incité nos chiens à les produire. Mais nous les renforçons, ici avec l'ajout d'éléments agréables: notre attention et/ou la nourriture.

La mauvaise nouvelle c'est donc que notre simple inattention et insouciance peut amener notre chien à adopter des comportements qui ne nous conviennent pas.
La bonne c'est qu'en connaissant ces 2 règles, tout comportement a un but et tout comportement renforcé sera reproduit, il est très facile d'amener notre chien à modifier son comportement pour l'amener là où nous voulons qu'il aille.





Je reprends mes 4 loustics
- Timmy, chihuahua de 3ans, a pris l'habitude de gratter la jambe de son maître à la fin des repas.
Etre pris sur les genoux à la fin des repas permet à Timmy d'accéder à 2 ressources: l'attention de son maître et de la nourriture.
Une solution simple est de lui apprendre à aller au panier dans un premier temps, puis de récompenser le fait d'être dans son panier lorsque les humains sont à table. Il n'obtient rien (P-) lorsqu'il demande mais il obtient lorsqu'il est dans son panier (R+) -> il va choisir le panier.

- Larson, beagle de 7 mois, a la manie de monter l'escalier (vers l'étage qui lui est interdit) lorsque ses humains sont occupés.
Accéder à un lieu inconnu comble un besoin d'exploration, et en plus comme les humains viennent récupérer le sacripant, cela lui permet également d'obtenir de l'attention.
Une barrière bébé a tout simplement été installée sur l'escalier afin d'éviter qu'il ne se renforce en montant (exploration et/ou attention des humains inévitables dans ce cas). Par ailleurs, ses humains veillent à ce qu'il ait suffisamment d'activité dans la journée afin que ne rien faire soit une option possible pour lui.

- Linux, spitz de 7ans, se positionne entre la table basse et le canapé, lorsque ses propriétaires y mangent. Ce qui est passablement oppressant.
Les humains étant maladroits, se positionne là permet à Linux d'avoir accès à de la nourriture (et ça chez le Ninu c'est sacré).
Comme dans le cas de Timmy, nous avons appris à nos chiens à aller au tapis et à y aller durant nos repas (R+). Bien qu'ils ne quémandent pas à proprement parler, la proximité de Linux  nous empêchait d'être certains qu'il ne pourrait pas se renforcer: il est nettement plus rapide que nous en ramassage de bouffe.

-Flappy, cavalier king charles de 5ans, chouine à la porte de la salle de bain le matin.
Du fait de son état de santé, il y a eu des périodes où chaque fois qu'il chouinait nous allions voir ce qui se passait. C'est donc pour lui une stratégie efficace pour obtenir de l'attention. Et le matin, après la balade et la gamelle, il a bien souvent envie d'un peu de câlins ou de jeux. 
Ici j'ai appris avec le temps à différencier ses chouinements, entre la simple demande d'attention et l'inconfort, je prends le temps de lui accorder 5min avant ma douche avant de diminuer la tentation et je l'ignore lorsqu'il me fait son petit malheureux (P-).

Mes monstres sur leur tapis pendant le repas des humains.
Petits élèments additionnels:
- Afin de ne pas mettre mes chiens en échec, je modifie l'environnement. Enfin disons plutôt que pour éviter de fiche en l'air mon plan en permettant à mes chiens de renforcer les comportements que je ne veux pas, je rends l'exécution de ces comportements improbable, voir impossible.
Larson ne peut plus monter, Linux est trop loin pour ramasser la nourriture tombée avant nous et Flappy ayant été respecté dans ses besoins d'attention et d'interaction sera moins en demande.
- Un comportement qui a été renforcé, qui plus est de façon intermittente, ne disparaitra jamais complétement, l'extinction d'un comportement est très rare. C'est pour cela que dans le cas de Timmy ou Linux, ignorer simplement le chien (P-) ne serait pas efficace. N'ayant pas de stratégie plus payante, ils vont continuer de produire ce comportement et il est fort probable qu'ils en soient récompensés de temps à autre, le papa de Linux ne va pas devenir spontanément beaucoup plus à adroit et quelqu'un va bien finir par dire à Timmy que ses petites griffes sur le jean c'est agaçant.
- Je ne pratique pas du tout la punition positive, par choix éthique mais de toute façon ce n'est pas un bon outil pédagogique. Le pourquoi du comment ici.

Lorsque votre chien vous agace avec ses petites manies, lorsque vous êtes tenté de lui coller l'étiquette de capricieux, lorsque vous vous dites que vraiment ce chien, il exagère, posez vous 5min, demandez vous dans quel but votre chien agit ainsi et ce qu'il y gagne. Ensuite à vous de déterminer si vous voulez qu'il fasse autre chose à la place, et dans ce cas quoi.

Et si j'ai ici parlé des comportements que nous amenons nos chiens à produire sans en avoir conscience, il est également possible de conduire nos chiens à éviter d'en produire certains alors qu'ils sont importants. Je pense notamment au cas classique du chien qui se fait réprimander (P+) parce qu'il grogne celui qui s'approche trop près de son oreille de cochon. Si ce comportement s'éteint, vous vous retrouvez avec un chien qui, soit entre en détresse acquise, soit va zapper la case grognement qui n'est pas efficace et passer à l'étape suivante: le pincement ou la morsure. Aucun des deux n'est bon.

PS: Le choix de conserver ou modifier le comportement de votre chien ne s'applique que sur des comportements qui potentiellement vous gênent vous, mais ne sont pas néfastes pour votre chien. Les comportements de destruction, d'agression, d'apathie, de mal propreté ou d'auto mutilation sont signes d'un mal être chez votre chien: il faut intervenir.

Comme on le dit si bien chez AREG, si vous voulez que ça change, changez!

mercredi 3 février 2016

Quand notre chien doit se mesurer à Lassie

Lorsqu'on prend une décision qui va modifier notre quotidien, nous avons toujours une idée précise de la façon dont cela va se passer. On construit dans notre tête ce nouveau rythme, ce que va nous apporter ce changement et, la plupart du temps, combien on va en être heureux (oui parce qu'à moins d'être masochiste, vous essayez d'avoir une vie qui vous rend heureux). L'adoption d'un chien ne déroge pas à la règle. Nous fantasmons tous la future relation que nous aurons avec notre nouveau compagnon. 
Mais, dans ce cas comme dans tous les autres, il y a toujours un écart entre le rêve et la réalité. Et parfois cet écart est vraiment énorme. Et on est déçu. Ce n'est pas ce qu'on voulait. 
Et il convient de se poser 3 questions:

1/ Est ce que ce que l'on désire est réalisable?

Si vous laissez votre chien seul 20h/jour, que vous ne le sortez que 20min par jour et que vous voulez que le reste du temps il soit bien sage, le problème ce n'est pas le chien, c'est vous. Bon je caricature, mais ce que je veux dire par là, c'est que parfois, les gens sont déçus que leur chien soit un chien. Ce pauvre animal n'a aucun autre tort que d'être de la mauvaise espèce. Même si chaque individu est différent, un chien est un chien, et avant d'en adopter un et de lui faire le reproche de ne pas correspondre à vos attentes, assurez vous de savoir réellement ce qu'est un chien.

Buddy a rendu fou ses maîtres pendant des années:
il mangeait tout! Même les boites de conserve.
Problème qui a totalement disparu dès qu'il a commencé
à sortir de chez lui.



Il y a les gens qui demandent à leur chien d'en faire trop peu, mais il y a aussi ceux qui lui demande d'en faire trop. C'est le problème des gens qui fantasment leur relation avec leur chien à partir de films, reportages ou de la façade que certains donnent sur les réseaux sociaux. Il est fort probable que votre chien ne sera pas Hatchi, qu'il ne vous mènera pas à remporter la CRUFTS d'agility ou sera doté d'un don incroyable et spectaculaire. Mais c'est normal! Les films ne sont que des fictions, les relations maîtres chiens diffusés dans les médias sont coupées et romancées pour montrer ce que l'on veut. Et faire de votre chien un champion dépend en grande partie de vous, cela ne vous tombera pas tout cru dans le bec. Attendre de votre chien qu'il soit objectivement exceptionnel est injuste pour lui et le mettra forcément en échec.


2/ Est ce vraiment le chien qui n'est pas à la hauteur ou nous?

Certains traits de caractère, certains instincts, certains comportements sont innés. Ils sont liés à la génétique du chien. Mais la plupart des choses que nous exigeons de nos chiens relèvent de l'acquis.
Si vos attentes sont raisonnables, mais que malgré ça, cela ne se passe pas comme vous le souhaiteriez, il est fort probable que cela soit votre responsabilité.

Je prends un exemple tout bête mais qui est assez commun: le chien qui vole. La plupart des chiens portent de l'intérêt à la nourriture, si vous en laissez trainer, si il peut l'attraper, pour quelle obscure raison ne le ferait il pas? Cela n'en fait pas de sales bêtes, ils n'ont pas une tare, ils ont juste un comportement normal! Si je laisse 50E sur mon bureau et que je vais passer un coup de téléphone à côté, si mes collègues ne me les volent pas, ce n'est pas parce que ce sont des êtres exceptionnels mais parce que leur éducation leur appris que ce n'est pas un comportement adapté. 

Combien de fois je vois ou entends des "Oh comme il est bien sage le vôtre" ou "Impossible de faire ça avec le mien", "Ce petit con a mangé tout le goûter des enfants" ou "Plus possible de le promener il tire trop" où pointe l'amertume? Alors qu'il n'y a aucune fatalité là dedans. Ce n'est pas votre chien qui n'est pas comme il faut, c'est vous qui n'avez pas fait votre boulot.

Il s'agit là de problèmes de la vie courante, du quotidien mais avec l'essor des sports canins et leur mise en scène de plus en plus fréquente, les exigences sur les performances sportives des chiens sont également de plus en plus fortes. Et par conséquent, les déceptions fréquentes. 
Là aussi posez vous la question. Si votre chien est en bonne santé et équilibré, pourquoi ne veut il pas travailler avec vous, ou pas comme vous le voulez? Probablement parce que vous vous y prenez mal.

Je fais de l'Obérythmée avec Flappy depuis plusieurs années. Il aime ça, c'est l'une des choses qui font qu'il garde le moral, même lorsque son état de santé n'est pas au mieux. Et pourtant j'ai été confrontée plusieurs fois à un manque de motivation. Parce que je m'y prenais comme un manche! Il ne voyait pas où je voulais en venir ou alors je sous estimais la difficulté de ce que je lui demandais et n'ajustais pas mes félicitations en conséquence, forcément le jeu est beaucoup moins marrant dans ces conditions.

Il n'y a pas de coupable à proprement parler dans l'incapacité d'un chien à faire ce qu'on attend de lui (pour le peu que cette attente soit réaliste bien entendu) mais toujours une mauvaise compréhension des motivations et besoins du chien, et par conséquent une réaction inadaptée de notre part ( on réprimande le chien pour ne pas avoir adopté un comportement que nous ne lui avons pas enseigné, nous abandonnons le sport qui pourrait pourtant nous apporter beaucoup faute de résultat).

3/ Est ce grave?

Reste la possibilité qu'effectivement vous ne puissiez pas pratiquer avec votre chien l'activité que vous vouliez initialement. (Je vais parler uniquement ici de sports/ disciplines, car pour ce qui relève de l'éducation de base, il n'y a pas d'impossibilité avec de la cohérence et lorsqu'on respecte les lois de l'apprentissage).

Donc c'est possible. Que ce soit pour des raisons de santé ou parce que vous n'avez pas les compétences pour mener CE chien dans CE sport. Ce qui n'a rien de honteux, canaliser l'excitation/ susciter de la motivation ne sont pas forcément choses aisées et parfois cela demande des connaissances que nous n'avons pas et qui sont difficiles à acquérir. 



J'ai commencé le Frisbee avec Linux.
Et j'ai vite calé.
Plutôt que de me frustrer et de risquer de le
démotiver j'ai choisi d'arrêter en attendant
de suivre un stage.

Parfois, le mieux pour nous, notre chien et surtout la relation que nous avons, est de lâcher les fantasmes et étudier la réalité. Qui est notre chien, qu'est ce qu'il aime, quels sont ses défauts, ses qualités, et trouver l'activité qui nous convient vraiment. Pour que le plaisir soit au rendez vous. Il n'y a pas de conséquence dramatique à devoir renoncer à son idée première. 
C'est inconfortable pour vous, parce que vous allez devoir vous adapter, mais ce n'est pas grave.

En réalité il n'y a que 2 cas où le décalage entre attente et réalité est problématique:
- Lorsqu'il s'agit d'un chien d'utilité. 
- Lorsque vous avez fait une vraie erreur de casting et que vous ne pouvez pas répondre aux besoins de votre chien.

Le reste c'est juste la vie. Avec ses imprévus et ses adaptations. A vous d'en tirer partie pour apprendre, toujours plus.




Est ce que mes chiens sont ce que j'avais souhaité?

Linux oui. J'avais en tête un chien un peu plus porté sur les jouets mais ce n'est absolument pas un critère déterminant et il est tellement super qu'honnêtement on s'en fout.
Flappy c'est plus compliqué. Il a été tout ce que je voulais. Intelligent, joueur, vif et câlin. Une perfection. J'ai donc eu énormément de mal lorsque ses maladies m'ont arraché de cet état de grâce. Il est évident que je n'ai jamais tenu mon chien responsable et que je ne l'ai pas moins aimé pour autant. Mais oui bien sûr j'ai été déçue. J'avais rêvé de ce chien toute mon enfance, nos débuts m'avaient incité à imaginer des choses folles. J'ai mis beaucoup de temps à accepter qu'il ne puisse pas faire certaines choses,  il en a souffert et moi aussi. Les choses se sont apaisées lorsque j'ai arrêté de chercher les moyens de le faire entrer dans le moule que j'avais conçu pour lui et que j'ai pris le problème de l'autre côté. J'ai enrichi ma connaissance du chien, j'ai creusé, cherché, expérimenté jusqu'à trouver le clicker. Ce petit boitier lui a redonné confiance en lui, en moi, ce qui a eu des répercussions sur son comportement au quotidien et sur son moral, m'a permis d'entretenir son physique avec sa participation volontaire et grâce à lui, je m'éclate avec mon chien.
C'est surement ce processus douloureux qui m'a ensuite permis d'avoir cette relation apaisée avec Linux, malgré les problèmes de comportement qu'il avait à son arrivée à la maison.

Soyez réalistes
Soyez responsables
Soyez tolérants



vendredi 22 janvier 2016

1% de chance, 99% de boulot!

J'ai longtemps hésité à écrire cet article, parce que je ne savais pas comment le rédiger sans me donner un air de prétentieuse ou de donneuse de leçon. Je ne suis pas sûre d'avoir trouvé le ton, mais le sujet me tient à coeur alors...

Régulièrement, des amis viennent chez moi, discuter autour d'une bière ou manger une pizza. Aucun de mes amis n'a de chiens, et leur réaction en général vis à vis des miens est la suivante "Tu as de la chance qu'ils soient si sages, j'en prendrais bien un comme ça moi aussi".
Parce que mes chiens ne quémandent pas lorsqu'on mange, ne harcèlent pas les invités pour avoir des câlins ou jouer et ne viennent pas non plus squatter les genoux à moins qu'on les y invite.
Alors oui ils sont sages, MAIS:
- Dans ce contexte. Il y a certaines situations où ils se font bien plus remarqués, par exemple ils saluent toujours de manière assez bruyantes les chiens de mes voisins -_- (z'ont du mal avec le concept de parties communes)
- Il n'y a pas de magie, pas de chance là dedans, si ils sont "sages" c'est parce qu'ils ont été éduqués pour ça. Certes ce sont à la base des chiens assez adaptés à ce type de situation, mais ça n'empêche pas qu'il y a du travail derrière. Et par ailleurs cela souligne l'importance de choisir son chien en fonction de son mode de vie.

Une cohabitation réussie tient en 3 mots: Sélection, Adaptation et Education. Les 3 s'entremêlent et tous ont de l'importance.

Sélection.


Qu'il s'agisse de l'adoption d'un chien adulte dans une refuge ou de l'achat d'un chiot de race en élevage, la dynamique est la même: choisissez un chien qui vous convient.
Bien sûr je pense au besoin d'activité physique et mentale, au gabarit, aux aptitudes/instincts. Mais je pense aussi à tout ce qui est lié au comportemental et émotionnel.
Chien de compagnie pratiquant un sport canin,
et non pas chien de sport cantonné majoritairement
à un rôle de compagnon.
Dans le cas de l'achat d'un chiot, visitez l'élevage, rencontrez la mère, discutez avec l'éleveur du travail de socialisation/sociabilisation qui est fait. Et plutôt qu'arrêtez votre choix sur le physique/ le sexe du chiot, faites vous guidez pour choisir celui dont le tempérament correspond le mieux à ce que vous souhaitez. Globalement, lorsqu'il s'agit de l'achat d'un chiot, si vous choisissez une race qui vous convient et un bon élevage, a priori c'est un bon départ.
C'est plus compliqué lorsqu'il s'agit d'une adoption (asso/refuge/chien trouvé etc) parce que l'affect prend une place prépondérante dans la décision. Or cela peut mener à de jolis désastres. L'enfer est pavé de bonnes intentions n'est ce pas?
Pour prendre un exemple concret, lorsque j'ai adopté Linux, je suis allée à la LPA de Roubaix. Pour faire mon choix, j'ai dû passer devant TOUTES les cages. Et parmi celles ci, il y en avait une avec un chiot de type Sharpei. Noir, déjà plus de 6 mois, complétement flippé, qui fuyait au fond de cage et montrait les dents. Bref, le profil type de ceux qui restent très longtemps au refuge... Bien sûr sa peur et son histoire me touchaient, bien sûr j'ai eu envie de le "sauver" de cette misère. Mais ça aurait été une erreur et je n'aurais finalement fait de bien à personne. Son gabarit en faisait un danger pour Flappy, déjà tout pourri à l'époque, je n'avais ni les compétences ni les conditions de vie pour faire sa réadaptation/ rééducation. J'ai donc adopté Linux, un gabarit idéal, un caractère avenant et un potentiel de sport. Bref le chien qui me convenait.
Il n'y a pas de hiérarchie dans les bonnes actions, vous n'êtes pas une meilleure personne parce que vous sortez tel chien de la fourrière plutôt que tel autre.


Lorsque vous faites le choix du compagnon qui va partager votre vie, vous devez rester rationnel, avoir des critères objectifs et avoir conscience de vos limites.

Si mes chiens sont sages lorsque des gens viennent à la maison, c'est en partie parce que ce sont des races de compagnie, des chiens conçus pour apprécier d'être au contact d'humains sans forcément être en interaction avec eux.

Adaptation


Très rares sont les personnes dont le mode de vie n'aura pas à être chamboulé lors de l'arrivée du chien.
Si vous voulez que votre chien soit calme lorsque vous en avez besoin, il faut qu'il le puisse. C'est à dire qu'il faut qu'il ait une activité suffisante et un espace où se reposer.
L’aménagement du salon est bien la modification la plus simple, le vrai défi réside dans le fait de dégager des heures de libres dans nos emplois du temps souvent surchargés afin de s'occuper du chien. Un chien qui s'ennuie, s'occupe, et pas forcément comme vous le souhaitez. C'est comme ça qu'on se retrouve avec des chiens qui mangent les meubles ou aboient pendant qu'on travaille. Un chien qui n'est pas assez stimulé risque de monter en excitation chaque fois qu'un stimuli survient, et donc également quand vous recevez et que vous aimeriez bien du calme.

Si mes chiens sont sages lorsque des gens viennent à la maison, c'est parce que je m'arrange pour qu'ils soient fatigués à leur arrivée! J'ai réalisé 2 graphiques représentant la composition des journées de mes chiens. (Canissimo en a réalisé pour leurs chiens de sport)
En moyenne, je m'en  occupe de façon active 3 heures/jour. Ce n'est pas parfait, je pense que 30 min de plus serait l'idéal pour eux, mais c'est suffisant.


















Mes chiens sont adultes et avec moi depuis des années, je passe donc le plus clair de mon temps avec eux à balader ou à les préparer sportivement parlant. L'éducation pure se résume aujourd'hui au travail en ville: ne pas descendre seul du trottoir, se pousser pour laisser passer etc... Il est évident qu'avant cela représentait un temps bien plus conséquent.


 

 

Education


Les bonnes manières humaines ne sont innées chez le chien. Le chien lui, il s'en fout d'être poli ou courtois, ce qu'il veut c'est "se mettre bien". Si améliorer son confort l'amène à faire quelque chose qui ne vous convient pas, il vous appartient de lui apprendre quoi faire à la place et de l'amener à préférer votre alternative à son idée première.

Dans le contexte d'un dîner entre amis il va donc demander de la bouffe à table parce que "le manger c'est bon" et qu'il n'a rien de mieux à faire pendant que vous mangez de toute façon, il va probablement sauter sur vos invités pour les accueillir parce que "les humains c'est chouette, ça fait des grattes" et tout sorte de choses que vous, vous n'allez pas aimer.

Si mes chiens sont sages lorsque des gens viennent à la maison, c'est parce qu'ils ont appris à l'être.
Ils savent que la bonne manière de saluer est d'attendre sur le tapis qu'on leur dise d'y aller (ou pas d'ailleurs, mais on compense cette frustration avec des bonbecs), ils savent que leur meilleure chance d'avoir un bout de notre assiette et de se coucher sur le tapis, et ils savent que les z'humains ne sont pas là pour jouer avec eux.

Donner de bonnes habitudes à son chien n'est jamais aussi dur que lorsque cela fait intervenir d'autres humains. Parce que vos invités vont le trouver trop chou et lui filer des bouts de chips, faire le dingue avec lui parce qu'il est marrant, et un humain c'est extrêmement têtu, donc accrochez vous pour faire respecter l'intégralité de vos consignes.


Bref, pour conclure mon habituel pavé, gardez en tête que dans les belles histoires chiens/humains, il y a certes un paramètre chance mais il y a surtout beaucoup d'usage de matière grise. Une belle histoire, c'est avant tout une réflexion permanente. A l'acquisition, pour choisir celui qui sera le plus heureux chez nous (et qui par conséquence nous rendra le plus heureux). Dans la vie quotidienne, pour réussir à combiner le mieux possible ses besoins de chiens et les impératifs de la vie avec des humains. Régulièrement, pour travailler tous les petits problèmes, les petits défauts qui vous empêche d'apprécier chaque moment de la vie ensemble.
Et gardez en tête qu'aucun chien n'est parfait, dans l'absolu ou pour tout le monde.